Une "forte corrélation" entre la prescription des psychotropes et le taux de suicide

« En France, le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans, la première cause étant les accidents de la route. Les chiffres représentent 16 % de la mortalité dans cette tranche de la population. Il semble que les décès par suicide avant 15 ans ne soient pas répertoriés avec la même précision par les services hospitaliers d’urgence, bien que ce drame soit également réel.
L’Union nationale pour la prévention des suicides (UNPS), qui fédère une vingtaine de grandes associations de lutte contre ce fléau, a mené en France une étude sur la relation entre la surconsommation de psychotropes et le suicide. Son enquête a porté sur 308 habitants de Saint-Étienne et de Lyon de tous âges qui se sont donné la mort entre mai 2003 et octobre 2004. La population, bien connue des services de médecine légale, a été comparée à des sujets témoins. "Il en ressort une forte corrélation entre l'augmentation récente de la prescription de psychotropes et l'acte suicidaire, révèle un des rapports d’étude. Près de 90% des femmes et 60% des hommes suicidés prenaient des psychotropes durant les six mois précédant l'acte. La corrélation est encore plus marquée à moins d'un mois du passage à l'acte."
Selon l’enquête de l’UNPS, la mort par suicide résulte d’une polythérapie, avec des ordonnances à rallonge, principalement d'antidépresseurs, mais également d'hypnotiques et de tranquillisants.

Une autre étude a été conduite par le GTNDO, le Groupe technique national de définition des objectifs de l’INSERM. Cette structure spécialisée procède régulièrement à l’analyse des grands problèmes de santé publique afin de donner des avis techniques sur les mesures à prendre dans des domaines sanitaires. Le rapport intitulé Comportements de consommation de produits psychoactifs qu’a publié le GTNDO sous le timbre du ministère de la Santé, de la Famille et des Personnes handicapées est éloquent. Son document mis à jour il y a quelques années, dresse le bilan suivant : "Médicaments psychotropes – Nombre de décès attribuables : Inconnu. Parmi les surdoses constatées par les services de police en 2000, les benzodiazépines  apparaissent comme produit associé dans 10 cas sur 120. […] Dans la population générale, l’usage d’anxiolytiques peut avoir un effet paradoxal (effet désinhibiteur) susceptible de favoriser des passages à l’acte (avec des conséquences en terme de prises de risque et de délinquance). La consommation à long terme est susceptible d’entraîner chez certains sujets des dépressions."
Plus loin, on peut lire : "Les personnes en crise suicidaire recherchent activement des solutions pour apaiser leur souffrance. […] Dans les 15 derniers jours, 20 à 40 % des personnes qui vont faire une tentative de suicide ont consulté leur généraliste, en cas de suivi psychiatrique, 10 à 50 % ont consulté leur psychiatre. La sous-estimation du risque de tentative par les professionnels de santé a été mesurée par des auteurs comme Appleby. Seuls 15% des sujets qui feront une tentative dans la semaine ont été identifiés comme à risque sur une population de 1 040 suicides."


Risque suicidaire multiplié par 100 à 200 pour les patients hospitalisés en psychiatrie


Dans un autre rapport mis à jour en avril 2003, le GTNDO souligne la carence des professionnels de la santé mentale dans la détection des adultes hantés par les idées suicidaires qui viennent les consulter. Les individus qui se font hospitaliser en psychiatrie ne sont pas mieux lotis : "L’hospitalisation en psychiatrie, précise le document, est aussi une période à risque élevé ainsi que les 4 semaines qui la suivent. Environ 5% des suicides ont lieu à l’hôpital. Dans les 4 semaines qui suivent une hospitalisation en psychiatrie, le risque relatif est multiplié par 100 pour les femmes et par 200 pour les hommes. Ces décès représentent 10 à 15 % de l’ensemble des suicides."
Il est surprenant de constater, à la lecture de tels rapports, qu’en dépit de prescriptions massives de psychotropes, les spécialistes de la dépression et des troubles mentaux sont impuissants à enrayer le fléau du suicide, alors qu'il s'agit de l'une de leurs missions essentielles. On nous dira qu’il est généralement trop tard pour sauver ces malheureux quand ils viennent consulter ou se faire hospitaliser. Sans doute, mais les antidépresseurs et les anxiolytiques qu’on leur prescrit avant qu’ils ne se suppriment n’étaient-ils pas justement destinés à les aider à surmonter leur souffrance psychique et à éviter qu’ils n’en arrivent à cette extrémité ? Au contraire, il apparaît, comme nous l’avons vu plus haut dans les conclusions d’une étude de l’UNPS, que le nombre d’actes suicidaires se trouve augmenté par l’usage de la pharmacopée psychiatrique.

Plusieurs milliers d’enfants sous antidépresseurs

Chez l’adulte, les antidépresseurs les plus utilisés en France sont le citalopram (Seropram), l’escitalopram (Seroplex), la fluoxétine (Prozac), la fluvoxamine (Floxyfral), la miansérine (Athymil), le milnacipran (Ixel), la mirtazapine (Norset), la paroxétine (Deroxat), la sertraline (Zoloft), la venlafaxine (Effexor). L’atomoxétine et le reboxétine ne sont pas autorisés.
L’emploi des antidépresseurs ISRS est généralement déconseillé en France chez l’enfant et l’adolescent. Certains sont même contre-indiqués chez les moins de 15 ans et chez les moins de 18 ans. Seuls deux antidépresseurs IRS, le Zoloft et le Floxyfral possèdent une indication chez l'enfant et l'adolescent dans le traitement des TOC (troubles obsessionnels compulsifs), de certains troubles de l’hyperactivité et de la dépression. L'atomoxétine, non employée en France, est indiquée dans certains pays de l'Union européenne dans le traitement du TDAH.
Cependant, la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) du ministère de la Santé et des Solidarités rapporte que les ventes d'antidépresseurs (tous âges confondus) en France ont été multipliées par sept en vingt ans. En dépit des assurances selon lesquelles ces substances sont rarement prescrites aux enfants, ceux-ci sont de plus en plus nombreux à être traités avec cette classe particulière de psychotropes.

Une enquête de l'Assurance maladie indiquait qu’en 2003, plus de 6 000 enfants et adolescents suivaient une cure médicamenteuse contre la dépression. Ces chiffres de l’emploi des antidépresseurs semblent corroborés par ceux publiés dans un document de juin 2005 par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé. Ce texte, intitulé Troubles mentaux – Dépistage et prévention chez l’enfant et l’adolescent contient le compte rendu d’une réunion du 8 mars 2005  entre des spécialistes de la psychiatrie, des autorités sanitaires et des médecins. Il révèle que, selon les chiffres de la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés, 40 000 enfants et adolescents seraient traités chaque année pour un diagnostic de dépression, et qu’environ 10 à 20 % des cas feraient l’objet d’un traitement médicamenteux. La classe des antidépresseurs ISRS représenterait 80 % des prescriptions.

Vous avez dit suicides ???

La lecture du document de l’Agence française de sécurité sanitaire est édifiante. Selon le compte rendu de la réunion professionnelle, "les experts, dans l’ensemble, se montrent réservés quant à la réalité d’une augmentation du comportement suicidaire chez les enfants et les adolescents traités par antidépresseurs." Une des raisons invoquées est qu’ "aucune augmentation du nombre de suicides n’a été observée, en France, depuis la mise sur le marché des IRS; ceci est confirmé par certaines données épidémiologiques internationales." En outre, "la mise en route d’un traitement, y compris psychothérapeutique, peut elle-même induire un comportement suicidaire". Enfin : "peu d’experts ont été confrontés au suicide d’adolescents et lorsque cela était le cas, il ne s’agissait pas de sujets traités." Résultat : "l’utilisation des antidépresseurs se faisant majoritairement en dehors de schémas validés, les prescripteurs (représentés dans la réunion) demandent une grande souplesse de prescription et un meilleur accès aux informations […] Quant à d’éventuelles mesures de restriction, elles sont considérées comme plutôt dommageables, aussi bien par ceux qui ne seraient pas à priori directement touchés, comme les spécialistes hospitaliers, que par les prescripteurs plus occasionnels, comme les médecins généralistes. Ceci pour plusieurs raisons : - des restrictions compliqueraient une pratique rendue déjà difficile par le manque de structures et de temps disponibles ; - il pourrait y avoir un risque de glissement de la prescription vers des classes thérapeutiques qui ne sont pas forcément adaptées (neuroleptiques, thymorégulateurs), voire potentiellement problématiques (benzodiazépines) ; - enfin, de façon plus marginale, ces mesures augmenteraient le climat anxiogène perçu au niveau des familles, voire l’émergence d’actions en justice."
Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes, le quota du suicide chez les jeunes déprimés sous les effets des ISRS, est normal, n’inquiétons pas indûment les familles qui, de plus, pouraient faire un scandale… Cette prise de position est tout de même assumée par les institutions de l’État : l’AFSSAPS (l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), des représentants de la Commission de l’AMM, de l’Ordre des pharmaciens, de l’Ordre des médecins, et de la Fédération française de psychiatrie !

Des effets secondaires "gênants"

Mais de quels antidépresseurs s’agit-il? De substances d’une nouvelle génération, celle de la famille des ISRS, les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, dont certains sont préconisés dans le traitement de troubles du comportement associés à l’hyperactivité. Nous allons voir de plus près ce qu’il en est de ces nouvelles drogues psychiatriques. Dans son livre sur l’hyperactivité, le Dr Lecendreux interroge : "Quels sont les médicaments qui peuvent traiter le TDAH?" et répond qu’il existe d’autres classes de médicaments appropriés dans la prise en charge de ce trouble. "[…] D’autres molécules [différentes du méthylphénidate et des dérivés amphétaminiques] plus récentes semblent tout à fait prometteuses. Elles ont des modes d’action différents mais également spécifiques, cette fois sur la noradrénaline. Le modafinil est déjà utilisé avec succès dans des troubles majeurs de la vigilance comme la narcolepsie. Son excellente tolérance pourrait en faire un médicament de choix dans le traitement du TDAH […]. Un nouveau produit, l’atomoxétine […] a montré son efficacité sur les symptômes du TDAH de l’adulte. Sa bonne tolérance et son profil pharmacologique très différent de celui des amphétamines en font un produit très attendu dans les années à venir pour le traitement du TDAH de l’adulte et de l’enfant."
Suit un tableau [dans le livre de Lecendreux] recensant par catégories les médicaments susceptibles d’être utilisés dans le cadre de ce traitement. On y trouve entre autres les psychostimulants à base d’amphétamine (dont nous avons relevé les terribles effets secondaires au début de notre ouvrage), les non-psychostimulants comme l’atomoxétine (commercialisé aux États-Unis sous le nom de Straterra), le modafinil (commercialisé en France sous le nom de Modiodal, destiné à traiter la narcolepsie), des antidépresseurs comme le bupropion (commercialisé en France sous le nom de Zyban, actuellement destiné au sevrage du tabac), des antidépresseurs ISRS comme le citalopram, la fluoxetine (Prozac), la fluvoxamine, la paroxetine, la sertraline, et enfin la venlafaxine, produits dont l’efficacité "n’est plus à démontrer dans la dépression". "En raison d’effets secondaires gênants, ajoute l’auteur sans autre précision, ou d’une moindre efficacité (comparée à celle des stimulants), quelques-uns d’entre eux sont abandonnés." Quoi qu’il en soit, voyons de plus près ce qu’il en est de certains d’entre eux.


Strattera (atomoxétine) : automutilations et suicides chez des enfants


Le principe actif du Straterra produit par les laboratoires Eli Lilly, est l’atomoxétine. Dans un document diffusé par la Direction générale canadienne des produits de santé et des aliments (DGPSA), affiché sur le site web de Santé Canada, on peut lire l’avertissement officiel suivant, extrait d’une lettre publiée par Eli Lilly :

"Le 28 septembre 2005
Objet :
MISE EN GARDE concernant l'atomoxétine qui peut exercer des effets sur le comportement et les émotions pouvant représenter un risque d'automutilation.
Avis aux professionnels de la santé :
Par suite de discussions avec Santé Canada, Eli Lilly Canada Inc. désire vous communiquer d'importants renseignements relatifs à la possibilité que l'atomoxétine exerce des effets sur le comportement et les émotions pouvant constituer un risque d'automutilation.
La mise en garde sera ajoutée à la monographie  de STRATTERA (chlorhydrate d'atomoxétine) et se base sur les renseignements ci-dessous.
POSSIBILITÉ D'EFFETS SUR LE COMPORTEMENT ET LES ÉMOTIONS POUVANT ABOUTIR À UNE AUTOMUTILATION
Pédiatrie : Données d'essais cliniques contrôlés par placebo.
De récentes analyses de données provenant d'essais cliniques contrôlés par placebo ont montré que des pensées suicidaires étaient observées plus fréquemment chez les enfants et adolescents traités par STRATTERA (5/1 357 [0,37 %]) que chez ceux prenant un placebo (0/851). Un cas de tentative de suicide a été signalé parmi les patients traités par l'atomoxétine. Aucun suicide n'a été signalé.
Comme il est mentionné dans la monographie, de très rares cas de pensées suicidaires, de dépression suicidaire, de tentatives de suicide et de suicides ont été signalés chez les enfants, adolescents et adultes après la commercialisation du produit.
Il est recommandé de surveiller étroitement l'apparition de pensées suicidaires ou de tout autre indicateur de risque de comportement suicidaire chez les patients de tous âges, y compris une instabilité émotionnelle ou comportementale.
Renseignements généraux
[…] Les patients peuvent courir de plus grands risques de présenter des réactions indésirables telles que des pensées suicidaires, de l'hostilité et des sautes d'humeur. La personne soignante qui s'occupe de vous ou vous-même devez informer votre médecin immédiatement si l'un ou l'autre de ces symptômes se manifeste ou s'aggrave après le début du traitement par STRATTERA."
[…] Veuillez agréez nos salutations distinguées."

Ce qui ne manque pas de piquant, c’est que la DGPSA pourtant responsable de l'homologation des produits thérapeutiques avant leur mise sur le marché, déclare dans son document n'endosser aucune responsabilité en ce qui concerne le produit incriminé ou la société commerciale qui les fabrique. Les victimes du Strattera qui n’étaient pas informées des risques que le produit faisait courir apprécieront. "Toute question concernant l'information relative à un produit devrait faire l'objet d'une discussion avec votre professionnel de santé" affirme la DGPSA. Parents, ne vous alarmez donc pas si votre enfant se taillade les veines, il suffit d’en parler avec votre médecin. Reconnaissons néanmoins que la DGPSA a fait une partie de son travail en obligeant Eli Lilly à dévoiler ces informations vitales.

De l’autre côté de la frontière, aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a publié le 29 septembre 2005 un Public Health Advisory  (mise en garde sanitaire publique) à l’intention des médecins, concernant les comptes-rendus de pensées suicidaires chez des enfants et des adolescents liées au traitement par Straterra, une drogue approuvée dans le cadre du traitement du TDAH. La FDA s’est vue contrainte d’ordonner à Eli Lilly et Compagnie, le fabricant du Strattera, de rédiger un guide sur ce médicament à destination des patients et des professionnels de santé.
Dans sa note, la FDA demande de surveiller les enfants au sujet de tout risque de troubles qu’ils pourraient manifester à cause du Strattera et cela comprend l’agitation, l’irritabilité, les pensées ou les comportements suicidaires, des changements inhabituels de comportement, notamment dans les premiers mois de la thérapie.
L’analyse de la FDA révèle que 0,4% des enfants traités au Strattera ont manifesté des idées suicidaires contre aucun cas chez ceux qui avaient reçu un placebo au cours des études cliniques. Lorsque l’on sait que, depuis 2002, date de commercialisation du Strattera aux États-Unis, plus de deux millions de jeunes Américains ont consommé ce produit, on a toutes les raisons de craindre que 8 000 enfants et adultes courent le risque de céder à des pulsions suicidaires. Sur ce nombre, combien d’enfants sont depuis passés à l’acte? 100, 500, 1000? Ajoutons que le Strattera pourrait faire l’objet d’études aux fins de sa commercialisation en France.


Paroxetine (Deroxat ou Paxil) : augmentation du risque de malformations congénitales

Le 22 août 2005, c’était au tour du Deroxat d’être sous les feux de la rampe. Ce jour-là, The Times, grand quotidien britannique, aurait annoncé les résultats d'une étude médicale menée sur 1 500 personnes traitées par la paroxétine (un des antidépresseurs les plus prescrits au monde, commercialisé en France sous le nom de Deroxat). Ce document, qui avait été publié dans la revue médicale en ligne BMC Medicine, révélait que les patients qui en avaient consommé étaient exposés à de graves risques suicidaires.
Déjà, en juin 2003, les autorités sanitaires britanniques, la Medicines and Healthcare Products Regulatory Agency (MHRA) avaient contre-indiqué la paroxétine chez les moins de 18 ans. Dans un communiqué de presse du 10 décembre 2004, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) rappelait que "ces études ne démontraient pas l'efficacité de ces médicaments dans cette indication [la dépression] et suggéraient une augmentation du risque de comportement suicidaire chez les enfants et adolescents traités comparativement aux patients recevant le placebo. Aucun décès par suicide n'avait cependant été rapporté pendant ces études".

Nous avons voulu en savoir plus et avons consulté le site internet de la FDA à la rubrique "Paroxetine". Il s’avère que l’agence sanitaire américaine a émis une mise en garde en décembre 2005 intitulée :

"FDA ALERT [12/2005] : Idées suicidaires et passages à l’acte chez les enfants et les adultes"
Extrait : "Enfants – La prise d’antidépresseurs peut augmenter les idées suicidaires et les passages à l’acte chez 1 personne sur 50 de 18 ans ou moins. Bien que la paroxétine soit prescrite aux enfants, la FDA n’a pas approuvé un tel usage."

Une personne sur 50, c’est-à-dire 2 % : un taux de risque absolument énorme quand on y réfléchit…
Dans le même document, nous découvrons que la paroxétine est impliquée dans des malformations du fœtus.

Extraits : "Augmentation du risque de malformations congénitales.
Des résultats préliminaires de deux études récentes indiquent que la paroxétine augmente le risque de malformations congénitales, notamment les malformations cardiovasculaires. […] Les patientes prenant de la paroxétine qui tombent enceintes ou qui sont au premier trimestre de leur grossesse doivent être alertées du risque que court le fœtus. Elles devraient considérer l’arrêt de cet antidépresseur ou en changer."

Dans ces conditions, pourquoi ne pas stopper immédiatement sa commercialisation ?
Trois jours plus tard, le 8 décembre, Le Monde reprenait une des dépêches de l’AFP en annonçant que "la FDA a demandé en conséquence au fabricant, le groupe britannique GlaxoSmithKline, de changer la catégorie dans laquelle ce médicament est classé pour spécifier les risques potentiels qu'il présente." Les laboratoires auraient répondu à la presse que "la plus grande partie des défauts cardiaques congénitaux qui seraient liés à cet antidépresseur se caractérisent surtout par la présence d'un orifice dans la cloison séparant les deux ventricules ou les oreillettes cardiaques" et auraient ajouté que "de tels orifices se referment le plus souvent d'eux-mêmes et dans les autres cas, ce défaut peut se corriger aisément avec une intervention chirurgicale."
Si votre nourrisson se trouve en danger de mort à la suite d’une cure de Deroxat de sa mère, vous n’aurez qu’à lui faire subir une opération à cœur ouvert… On vous le dit, les effets secondaires des antidépresseurs sont simplement « gênants ».


Venlafaxine (ou Effexor): aucune efficacité dans la dépression majeure des enfants mais des risques suicidaires sérieux

Dans sa rubrique consacrée aux dangers des antidépresseurs, le célèbre site internet Doctissimo publie l’information selon laquelle, aux États-Unis, les laboratoires Wyeth adressaient en août 2003 une mise en garde aux médecins américains sur la venlafaxine (commercialisée en France sous le nom d’Effexor). Ce produit s’est révélé inefficace dans le traitement des épisodes dépressifs majeurs ou les troubles de l’anxiété chez les enfants de 6 à 17 ans.
Le 29 septembre 2003, l'AFSSAPS publiait un communiqué de presse  reprenant la teneur de la lettre américaine. "Selon ce courrier, déclare l’agence, ces études ne démontrent pas l'efficacité de la venlafaxine dans le traitement des épisodes dépressifs majeurs (EDM) et du trouble d'anxiété généralisée (TAG) dans cette population ; [et] suggèrent une augmentation de l'incidence des idées suicidaires ainsi que des gestes auto-agressifs chez les patients traités par la venlafaxine comparativement aux patients recevant le placebo. Aucun suicide n'a été rapporté durant ces études." Il est utile de mentionner que ces études sont toujours réalisées sur des périodes assez courtes et qu'un pourcentage indéterminé des personnes qui ont présenté ces pulsions suicidaires et ne sont pas passés à l'acte pendant la durée de l'étude ont pu le faire plus tard. Ces suicides n’entrent pas dans les statistiques des laboratoires.


"On ne possède surtout aucune donnée chez l'enfant"

La problème est si préoccupant que Le Monde publiait le 24 août 2005 un article sur ce sujet, repris par le site internet Doctissimo, sous le titre "Antidépresseurs : ne pas laisser à la portée des enfants?" Voici un extraits du texte d’Alain Sousa publié sur internet :

"Comme le souligne Anne Castot, responsable de l'information scientifique à l'Afssaps, ‘’pour la plupart des produits, on ne possède surtout aucune donnée chez l'enfant. Dans les autres cas, il est difficile de tirer des conclusions des études’’. Il est vrai que les autorités anglaises ont opté pour le ‘’principe de précaution’’, en mettant sur le même plan les substances pour lesquelles on ne possède aucune étude chez l'enfant et celles qui avaient des résultats négatifs. Mais en l'occurrence, l'absence d'information se doublerait de mensonges par omission: des chercheurs canadiens ont souligné que certains laboratoires pharmaceutiques n'hésiteraient pas à cacher les études dont les résultats démentent l'efficacité de certains antidépresseurs chez l'enfant. En France, la plupart des antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine sont a priori contre-indiqués avant l'âge de 15 ou 18 ans selon les cas. Seules la sertraline (Zoloft ®) et la fluvoxamine (Floxyfral ®) ont des indications pédiatriques. Car la prise en charge privilégiée est la psychothérapie. Les antidépresseurs ne sont ainsi recommandés qu'en cas d'échec de cette approche."

On nous rassure donc en affirmant que ces produits ne sont pas prescrits en première intention et qu’il vaut mieux privilégier l’approche psychothérapeutique. Mais que se passera-t-il si les résultats ne sont pas au rendez-vous? prescription d’antidépresseurs. Ainsi est foulé aux pieds le principe de précaution dans une population particulièrement sensible, celle des enfants et des adolescents qui se trouvent exposés à tous les aléas thérapeutiques.


Bilan des effets dangereux des antidépresseurs ISRS

Dans une réunion du Comité consultatif pédiatrique organisée par la FDA en 2004, le docteur Ann Blake Tracy, directrice de l’International Coalition for Drug Awareness, une association internationale de surveillance de la toxicomanie, s’exprima en ces termes :
"Cela fait douze ans et demi que j’apporte aux tribunaux mes témoignages d’expert dans les procès impliquant des affaires avec ce type de drogues. Il est clair, depuis le début des recherches sur la sérotonine, que la chose la plus nocive qui puisse être faite contre le système sérotoninergique  est de déséquilibrer sa capacité à métaboliser la sérotonine, c’est pourtant ainsi que fonctionnent les antidépresseurs ISRS.
Les recherches montrent depuis plusieurs décennies que le déséquilibre du métabolisme de la sérotonine entraîne des cauchemars, des éruptions cutanées, des migraines, des douleurs cardiaques, des difficultés respiratoires, des complications pulmonaires, l’hypertension et l’anxiété qui se manifestent sans aucune raison, la dépression, le suicide, en particulier des actes suicidaires très violents ainsi que des tentatives de suicides répétées, l’hostilité, la perpétration de meurtres violents, d’incendies, les toxicomanies comme le besoin insatiable d’alcool et d’autres drogues, la psychose, les manies, des maladies du cerveau, l’autisme, l’anorexie, la conduite automobile irresponsable, la maladie d’Alzheimer, des comportements impulsifs où l’on perd la notion de la faute, et des comportement antagonistes.
Comment a-t-on pu penser qu’il pouvait être thérapeutique de provoquer chimiquement ces réactions, cela me dépasse ; pourtant ces réactions, qui résultent de la généralisation de ces drogues, sont précisément ce que nous observons dans notre société depuis ces quinze dernières années.
Vous rappelez-vous, il y a vingt ans, lorsqu’il était habituel pour les déprimés de s’isoler discrètement pour se supprimer plutôt que de tuer tout le monde alentour avant de se tuer eux-mêmes comme ils le font quand ils prennent des antidépresseurs ISRS ?"


D’innombrables mises en garde sur les accidents de la chimiothérapie

• Décembre 2003 – Doctissimo indiquait que les autorités sanitaires britanniques du MHRA étendaient la contre-indication chez les enfants à tous les antidépresseurs de la famille des ISRS. "Tous se retrouvent ainsi taxés d'inefficacité et, pour la plupart, d'augmenter les risques suicidaires chez les enfants. Outre la paroxétine (Deroxat) et la venlafaxine (Effexor), se retrouvent sur la sellette la sertraline (Zoloft), le citalopram (Seropram), l'escitalopram (Seroplex) et la fluvoxamine (Floxyfral)." Rappelons que le Zoloft est un des antidépresseurs ISRS le plus souvent prescrit en France chez les adolescents par les médecins généralistes. Ceux-ci ont en effet pris l’habitude d’instaurer ce traitement en attendant que leurs jeunes patients puissent être reçus chez un psychiatre dont les délais d’attente sont toujours très longs.
• 2004 – La FDA, l’agence gouvernementale américaine de contrôle sanitaire a exigé des laboratoires pharmaceutiques l’impression sur les boîtes d’emballage de certains antidépresseurs dont l’emploi entraîne des pulsions suicidaires une mise en garde publique sous forme d’un rectangle noir.
• Le ministère de la Santé canadien ajoutait le Bupropion (commercialisé en France sous le nom de Zyban) à sa liste des mises en garde de pharmacovigilance.
• 22 février 2005 – En France, le site Caducee.net, un portail internet qui publie en permanence des actualités scientifiques à l’intention des professionnels de la santé, a publié deux dépêches consécutives. Le titre de la première était : "Les antidépresseurs pourraient être associés à une augmentation du risque suicidaire, particulièrement dans les premières phases du traitement, d'après de nouveaux résultats publiés dans le British Medical Journal, revue anglaise de communication médicale." 
• Toujours d’après Caducee.net, une autre étude analysait le risque de suicide chez plus de 146 000 patients sous inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS)  ou antidépresseurs tricycliques. "Le risque de tentative de suicide ou de suicide n'était pas différent chez les patients sous ISRS comparés à ceux sous antidépresseurs tricycliques. Cependant, les ISRS prescrits aux moins de 18 ans semblaient associés à un risque plus élevé de tentative de suicide." Il est donc notoire que les antidépresseurs comme le Deroxat, le Paxil, le Prozac et le Zoloft, pour ne citer qu’eux, peuvent entraîner ou renforcer les pensées suicidaires dans les premières phases du traitement chez les adultes, les enfants et les adolescents.
• Selon la revue médicale anglaise, une "méta-analyse" a rassemblé les informations issues de 702 essais cliniques regroupant plus de 87 000 patients pour rechercher l'existence possible d'un rapport entre les ISRS et les tentatives de suicide. "Ils ont trouvé que le risque de tentative de suicide était deux fois plus probable chez les patients sous ISRS comparé à un placebo. […] Les auteurs de cette analyse expliquent que des lacunes majeures dans des essais cliniques publiés ont pu conduire à sous-estimer le risque de ce genre." En clair : dans la publication des résultats des essais effectués par les laboratoires pharmaceutiques, ce genre de risque majeur était partiellement occulté.

• Le comité consultatif d’experts de la FDA vient d’achever l’examen de 24 études conduites sur un total de 4000 enfants et adolescents, concernant neuf molécules appartenant pour la majorité à la nouvelle génération des antidépresseurs. Il a conclu que le rapport bénéfice/risque des antidépresseurs destinés à cette tranche de la population était négatif.

L’Agence européenne du médicament (European Medicines Agency – EMA), dont le siège est à Londres, est chargée de conseiller la Commission européenne sur la politique commerciale des médicaments en Europe. Dans un communiqué de presse du 25 avril 2005, intitulé L’Agence européenne du médicament achève une revue des antidépresseurs destinés aux enfants et aux adolescents, elle annonçait avoir examiné deux classes d’antidépresseurs destinés aux enfants et aux adolescents, les ISRS (inhibiteurs spécifiques de la recapture de sérotonine) et les inhibiteurs de la recapture de sérotonine-norépinéphrine.

Extrait du communiqué :
Le comité scientifique de l’Agence [Committee for Medicinal Products for Human Use – CHMP] a conclu au terme de la réunion des 19-22 avril que le comportement relatif au suicide (tentatives de suicide et pensées suicidaires), l’hostilité (agression prédominante, comportement oppositionnel et colère) sont plus fréquemment observés lors des essais cliniques parmi les enfants et les adolescents liés à ces antidépresseurs en comparaison avec ceux qui prennent un placebo. Le CHMP recommande en conséquence d’introduire un avertissement sérieux dans toute l’Union européenne en direction des médecins et des parents au sujet de ces risques.


Que nous cachent les laboratoires ?

Dans une édition de février 2005, L’Express livrait un article sous la signature de Gilbert Charles, intitulé "Ados : Les pilules du malheur". On pouvait y lire ce qui suit :

"Gavés d'antidépresseurs et d'anxiolytiques, les jeunes Français sont de plus en plus nombreux à tenter de se suicider. Des voix s'élèvent pour dénoncer les tragiques effets secondaires de médicaments mal prescrits." Plus loin : "Après avoir été intriguées par des anomalies dans une étude réalisée par le fabricant [Eli Lilly, producteur du Prozac] mais jamais publiée, les autorités médicales de chaque côté de l'Atlantique - la Food and Drug Administration (FDA), aux États-Unis, et l'Agence européenne du médicament - ont demandé en 2003 à consulter toutes les données concernant les essais cliniques des antidépresseurs dits de deuxième génération. Les résultats, publiés en octobre 2004, laissent peu de place au doute : ils indiquent que, dans 13 cas sur 15, ces molécules ne sont pas plus efficaces qu'un placebo et que les patients sous traitement sont trois fois plus nombreux à envisager le suicide ou à faire une tentative. En décembre dernier, le British Medical Journal a reçu un courrier anonyme contenant des notes internes de la filiale allemande d'Eli Lilly, probablement envoyé par un employé, qui montre que la firme a tenté de dissimuler délibérément les résultats d'études cliniques en demandant aux médecins d'enregistrer les suicides de patients comme des ‘’surdosages.’’ […] Le laboratoire GlaxoSmithKline (GSK) est, lui aussi, accusé d'avoir édulcoré les résultats d'une étude clinique de son antidépresseur, le Deroxat, sur des adolescents. Les résultats montraient un taux de tentatives de suicide huit fois plus important chez les enfants traités avec la molécule que ceux sous placebo. Le procureur de l'État de New York vient d'entamer une action en justice contre GSK pour avoir caché les risques du produit."

Et enfin, le même journaliste pose une très intéressante question : "Comment un médicament peut-il pousser à se détruire? La fluoxétine, la molécule active du Prozac, agit en stimulant dans le cerveau la production de sérotonine, un neuromédiateur impliqué dans l'impulsivité et la régulation des comportements. ‘’Le Prozac est un excitant, un produit euphorisant: il lève les inhibitions mais sans calmer l'angoisse, explique le Pr Édouard Zarifian, psychiatre au CHU de Caen, et auteur d'un fameux rapport sur la surconsommation des psychotropes en France. La déprime est toujours là, mais le sujet n'est plus prostré, il redevient actif, et retrouve assez d'énergie pour se suicider.’’ "

Selon différents dossiers publiés sur internet, tel celui intitulé Les conséquences des psychostimulants pour le TDAH : suicide et mort [The Consequences of Stimulants for ADHD: Suicide and Death], de juillet 2002, les chiffres américains sont si dramatiques que la FDA reçoit régulièrement des plaintes venant de nombreux particuliers. La FDA (Food and Drug Administration) est le service gouvernemental américain responsable de la pharmacovigilance, c'est-à-dire des études, du contrôle et de la réglementation des médicaments avant leur commercialisation. Ses avis font autorité dans le monde entier. Devant la recrudescence des accidents thérapeutiques de toutes sortes qui se produisent dans ce pays, notamment dus à la consommation généralisée de produits psychiatriques, l’agence a mis à la disposition du public une procédure d’alerte, le MedWatch program, qui permet à tout citoyen de déposer un rapport par courrier électronique. Plusieurs sources indépendantes affirment que l’agence fédérale a déclaré le 2 mai 2000 avoir reçu "un total de 4400 plaintes sanitaires relatives aux effets secondaires du méthylphénidate depuis 1969". Environ un tiers des plaintes reçues ont été recueillies dans les quinze derniers mois [le texte date de mai 2000] et elles concernaient des manifestations de convulsions, de tics, de dépendance, de douleurs cardiaques et de décès liées aux psychostimulants. Dans la décennie 1990-2000, confirment les documents étudiés, "plus de 569 enfants ont été hospitalisés, 38 d’entre eux ont failli perdre la vie et 186 décès ont été directement imputables à la Ritaline." En outre tout laisse croire que ces chiffres soient sous-estimés étant donné que le pourcentage des parents qui déclarent ces accidents à la FDA est certainement infime, peut-être inférieur à 10 %.»

Extraits de Nos enfants, cobayes de la psychiatrie? de Pierre Vican. © Copyright Pierre Vican.

Avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Voir aussi l'article : Des antidépresseurs en lien avec le suicide: encore ?