Enquête sur la médicalisation des problèmes de l'enfance

de Pierre Vican, journaliste, écrivain

Cet essai abondamment documenté de Pierre Vican sur les abus de la médicalisation psychiatrique des enfants a le mérite de soulever des questions cruciales. Quelle est la validité de la pédopsychiatrie? Cette discipline a-t-elle véritablement une légitimité du point de vue médical? Est-elle scientifique ou est-elle idéologique? A-t-elle une utilité thérapeutique, sociale, éthique? Ou se pourrait-il que la psychiatrie dans son ensemble, avec ses «remèdes» chimiques, ses «thérapies» coercitives, d'un autre âge, causant plus de tort que de bien aux patients qui lui sont confiés et à la société, ne soit en fin de compte, à l'examen de ses piètres résultats, de ses prétentions scientifiques, des victimes qui se remettent difficilement des soins prodigués, certains devenus dépendants des drogues psy, d'autres suicidaires ou qui en sont morts, de la multiplication des drames familiaux qui s'ensuivent – bref de ce que la critique médicale dénonce comme inhumain, qu'une simple imposture?

couv_vican_1reSur quoi reposent des notions psychiatriques appliquées aux enfants, telles, par exemple, que le «TOP» – trouble oppositionnel avec provocation – (sic) ou bien l’«hyperactivité»? Spécialiste des problèmes de santé et de bien-être, l'auteur, journaliste indépendant, s’interroge. Il aborde avec clarté et précision les aspects éthiques relatifs au risque de manipulation comportementale et psychique des enfants par des psychostimulants qui sont des amphétamines. Il révèle que la composition de la Ritaline et du Concerta destinés à traiter le TDAH – trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité – est similaire à la cocaïne. Il dévoile les conséquences à long terme de cette chimiothérapie censée «rééquilibrer» le cerveau des élèves en difficulté scolaire ou dont le comportement est jugé «anormal». Il s’inquiète de l’étonnante parenté entre l’actuel projet de prévention généralisée des déviances mentales dans les écoles et l’ancienne ambition eugéniste* d’avant-guerre.

Soumis à une batterie de tests élaborés sur la base des théories anglo-saxonnes de la psychiatrie neurobiologique, les enfants seront diagnostiqués – sans véritable examen médical – et selon des critères subjectifs largement remis en cause par la communauté scientifique internationale. La personnalité «pathologique» qui sera décelée risque de conduire, à partir de six ans – et moins – à l’administration de psychotropes dont les effets délétères physiques et mentaux ne peuvent être ignorés. En outre, les enfants dont la personnalité sera considérée « non orthodoxe » risquent d’être fichés pour le reste de leur vie comme individus potentiellement asociaux ou criminels, dans un « carnet de comportement » annexé à leur dossier médical, un casier judiciaire avant la lettre.

De quoi s’inspire cette politique d’hygiène mentale que des milliers d’observateurs dénoncent dans une pétition nationale comme une
ambition normalisatrice de la population infantile? De références standardisées publiées dans le DSM – Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux – la «bible» de l’Association américaine de psychiatrie. Les fiches diagnostiques qui s’y trouvent décrivent des centaines de pathologies psychiques dont les bases ne reposent sur aucune preuve médicale mais dont l’existence… est votée à main levée lors de réunions professionnelles dites de «consensus»!

Pour ce courant de la psychiatrie «neurobiologique», la valeur d’un enfant et son rôle futur dans la société sont déterminés par des processus biochimiques ayant pour siège le cerveau. Cette branche de la psychiatrie n’a jamais fourni la preuve scientifique des théories qu’elle avance ni des «pathologies» mentales qu’elle définit. Malgré cela et la multitude de ses contradictions internes, elle inspire les choix politiques des gouvernants en matière de santé publique et recommande chaudement la prescription de psychotropes dont les terribles effets sont reconnus depuis longtemps par le corps médical.

Pourquoi les difficultés d’apprentissage, de lecture et d’étude, qui ont toujours existé, sont-elles désormais classées dans la rubrique des troubles mentaux? N’y a-t-il pas une dérive à l’américaine dans cette volonté de médicaliser dès l’âge de trois ans les comportements des enfants dont la majorité se révèle somme toute parfaitement normale?

De mauvais diagnostics : des risques inconsidérés pour les enfants

La lecture des critères du diagnostic du TDAH révèle combien les références psychiatriques utilisées pour traiter les jeunes élèves sont nébuleuses et subjectives. Voici trois exemples concernant les enfants, tirés du DSM : «(b) a souvent du mal à soutenir son attention au travail ou dans les jeux»; «(c) a souvent l'air de ne pas écouter ce qu'on lui dit» ; «(f) parle souvent trop»… Quelle mère de famille ne reconnaîtrait pas chacun de ses enfants dans cette liste ? Ces critères simplistes auxquels s’ajoutent d’autres considérations aussi peu scientifiques, suffisent à étiqueter un enfant, sans autre examen, comme «hyperactif» et à le soumettre à la spirale infernale des cures de drogues que sont la Ritaline et les antidépresseurs.

Psychostimulants et antidépresseurs : mêmes effets qu’une drogue dure

On découvre dans ce livre fort bien documenté que les remèdes préconisés font l’objet de controverses virulentes dans les cercles scientifiques. On recommande chaleureusement des molécules considérées par de nombreux spécialistes comme extrêmement dangereuses. Leurs effets secondaires peuvent aller jusqu’à entraîner des phénomènes d’accoutumance et provoquer des lésions graves, notamment des accidents cardiaques, ainsi qu’aboutir à des automutilations, des décès, des tentatives de suicide et des passages à l’acte suicidaire. Ces risques sont passés sous silence, et l’on va de la simple interrogation à la perplexité, pour conclure avec l’auteur à une franche inquiétude sur le système dans lequel sont plongés les parents en recherche d’une solution pour leur enfant.

Les Nations-Unies tirent la sonnette d’alarme

Le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies s’est penché en octobre 2005 sur l’abus des diagnostics des enfants et de l’administration à leur égard de drogues puissantes destinées à traiter le TDAH. Dans ses conclusions finales, on peut lire : «Le Comité est également préoccupé par les informations indiquant que le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) est mal diagnostiqué et qu’en conséquence on prescrit trop souvent pour le traiter des psychostimulants dont les effets délétères sont pourtant de mieux en mieux connus. […]»

Des enfants morts sous Ritaline

Le pédiatre Fred Baughman, membre de l'Académie américaine de neurologie, un des plus grands experts internationaux des troubles psychiques infanto-juvéniles, a témoigné en novembre 2001 à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Son rapport intitulé Procès du diagnostic et du traitement du TDAH et des troubles associés et de leurs traitements par des stimulants, est particulièrement poignant: "Les enfants dont ne vais vous parler ne sont plus hyperactifs ou ne sont plus inattentifs, ils sont morts […]" annonce-t-il. Morts de quoi? Du traitement par la Ritaline que leurs parents étaient contraints, par les services sanitaires des écoles, de faire suivre à leurs enfants, sous prétexte qu’ils étaient «hyperactifs».

Cataloguer chaque année de nouveaux «troubles mentaux», les valider sur des preuves subjectives, diagnostiquer de plus en plus d'enfants fragiles avec ces «pathologies» inventées, fabriquer des tests de laboratoire sur mesure, promouvoir dans les pharmacies et dans les cabinets des médecins généralistes des drogues psy censées venir en aide aux enfants en souffrance, n'est-ce pas là les caractères d'un cynisme arrogant, élevé au rang d'une morale dévoyée, celle des actions en Bourse, du marché des «big pharma» et des nouveaux charlatans en blouse blanche?

[*eugéniste, eugénisme : eu- (élément grec : « bien ») + genos : « gêne, race »].

Des extraits du livre publiés sur ce blog avec l'aimable autorisation de l'auteur.

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