PSYCHIATRIE : AIDE OU TRAHISON ?

Il est urgent de réformer la psychiatrie et ses pratiques "médicales" frauduleuses et dégradantes qui violent les droits de l'Homme. Psychiatrie : la fin d'une imposture.

26 octobre 2006

Quelques remarques sur l’usage de la notion de preuve en psychiatrie

La psychiatrie a cependant voulu échapper aux reproches de non-scientificité et de subjectivité (« Qu’est ce qui me prouve que…? Que votre patient est bien déprimé…? Que c’est un délirant…? Qu’il est totalement halluciné…? ») en essayant de mettre au point des outils diagnostiques fiables. Quel que soit le médecin, le praticien devrait parvenir aux mêmes conclusions s’il a recours à un bon instrument diagnostique. Mais cela ne signifie pas pour autant que la pathologie du malade soit objectivée, au sens d’une maladie infectieuse ou cutanée. Le système DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux dont la dernière édition date de 1994, mis au point et internationalement diffusé par l’American Psychiatric Association) est, comme le remarque Philippe Pignarre, avant tout un outil pour établir un consensus. Il a contribué, en mettant à plat les problèmes de terminologie, à uniformiser considérablement les pratiques des psychiatres dans le monde et en particulier leurs manières d’aborder, d’examiner et d’observer leurs patients. L’utilisation du système DSM présuppose que les praticiens posent les mêmes questions, recourant à des entretiens structurés ou semi-structurés mais en tout cas standardisés, pour aboutir aux mêmes conclusions. Mais rien ne nous garantit que tous ces praticiens, désormais unifiés par la machine à consensus que représente le système DSM, s’ils aboutissent au même diagnostic, aboutissent toujours et de nécessité au bon diagnostic.

[…]
Or il n’est pas sûr que ce principe de substitution ne constitue pas un facteur d’appauvrissement de la clinique. De plus que faut-il penser d’une méthodologie qui recourt au référendum ? C’est ainsi que l’homosexualité est sortie il y a plusieurs années du DSM, principalement pour des raisons politiques et sous la pression de groupes de lobbying, à l’issue d’un vote ? La preuve serait-elle donc administrée par la majorité des suffrages ? Enfin, les entretiens standardisés, utilisés pour améliorer la fidélité inter-juges et les taux de concordance inter-cotateurs, sont peut-être utiles dans ce but, mais il n’est pas certain qu’ils améliorent la validité de la procédure diagnostique (le même diagnostic, mais non nécessairement le bon). En tout cas, il est certain que ce que ces entretiens n’ améliorent pas, c’est la prise en charge et la thérapeutique, c’est-à-dire l’établissement du contact et la qualité de la relation établie et maintenue avec le patient…

Je voudrais enfin faire un sort à la notion de preuve noble, telle qu’elle est communément reçue dans notre communauté psychiatrique, c’est-à-dire la preuve biologique. A la différence du reste de la médecine et dans un scandale dont nul ne songe à s’étonner, les psychiatres évoluent dans une ère qui est restée pré-pastorienne : pas de laboratoire de routine, pas d’imagerie de routine, pas de biologie de routine de la schizophrénie ou de la dépression par exemple. Certes, il existe des laboratoires et une recherche neurobiologiques et nous prescrivons des molécules, mais dans la pratique quotidienne, nous sommes cruellement privés d’examens complémentaires paracliniques. Nous pouvons éventuellement recourir à ces derniers : par exemple, demander un dosage d’hormones thyroïdiennes en cas de suspicion d’état dépressif ou un scanner cérébral en cas de suspicion d’entrée dans une démence, mais ces examens nous permettront d’exclure des diagnostics différentiels sans jamais pouvoir étayer fondamentalement des diagnostics positifs. Il est temps pour les psychiatres de reconnaître qu’ils ne disposent pas de marqueurs biologiques fiables et que tout leur reste à faire dans le champ immense des corrélations bio-cliniques.

[…]
Comme le suggère avec pertinence et non sans humour Philippe Pignarre, la psychiatrie biologique, qui constitue dans les années 2000 la référence prévalente, se définit à la fois par une absence de témoins fiables et par un fonctionnement qui laisse accroire que ces témoins fiables existent, existeraient ou existeront. Pour le dire encore plus crûment, les hypothèses neurobiologiques contemporaines, devenues nos vulgates ou nos credo, comme par exemple l’hypothèse dopaminergique de la schizophrénie ou l’hypothèse sérotoninergique de la dépression, ne sont d’aucune utilité diagnostique pour le clinicien. Elles éclairent certes sur la nature et le mode d’action des molécules qui sont mises à notre disposition pour traiter la schizophrénie ou la dépression, mais elles ne nous éclairent pas sur la nature même du trouble, sauf à inférer des raisonnements à rebours à partir du mode d’action des psychotropes considérés.

Suivons et poussons le paradoxe plus loin avec Philippe Pignarre, mais aussi David Healy, Ian Hacking ou Mikkel Borch-Jacobsen : nos systèmes diagnostiques fonctionnent en auto-référence et notre clinique ne cesse d’être modelée et reconfigurée par le médicament psychotrope, permettant d’avancer que celui qui est déprimé, c’est celui qui prend du Prozac® et que la dépression, c’est ce qui guérit sous antidépresseur, ou encore avec M. Borch-Jacobsen, que la dépression moderne n’est qu’un effet latéral et secondaire des antidépresseurs.

Source : Copyright © Service de psychiatrie et de psychologie medicale CHU Angers 2003. J.B. Garre – Professeur des Universités, praticien hospitalier. Service de Psychiatrie et de Psychologie médicale – CHU 49033 Angers - Séminaire du Département de Sciences Humaines et Sociales - La médecine entre science et non science : la question de la preuve - Faculté de Médecine d’Angers, 3 mai 2003
Les Pages de la Psychiatrie Angevine.


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27 août 2006

La maladie mentale existe-t-elle?

par Lawrence Stevens
avocat américain

Tout diagnostic et traitement psychiatrique, particulièrement en biopsychiatrie, postule l'existence d'une entité nommée "maladie mentale", connue aussi sous le nom de désordre mental. Que veulent dire les mots maladie ou désordre? Etymologiquement, en anglais, le mot maladie (dis-ease) signifie simplement le contraire d'"aise" (ease). Mais le mot maladie ne désigne pas tout ce qui pourrait causer un tel "mal-aise" car sinon, selon cette définition, seraient aussi qualifiés de "maladies " la perte de son travail, une guerre, une récession économique ou une dispute avec son conjoint. Dans son livre Is Alcoholism Hereditary? (L'alcoolisme est-il héréditaire?), le psychiatre Donald W. Goodwin, M.D., s'interroge sur la définition du mot maladie et conclut : "Les maladies sont un ensemble de phénomènes pour lesquels les gens consultent des docteurs […] Les médecins sont consultés pour un problème d'alcoolisme et par conséquent l'alcoolisme devient, selon cette définition, une maladie." (Ballantine Books, 1988, p. 61). Si nous acceptons cette définition, il suffirait que certains patients aient, pour une raison quelconque, consulté leur médecin sur la question de comment sortir de la récession économique ou sur celui de comment résoudre un désaccord entre époux ou entre deux pays, pour que ces problèmes se voient alors eux aussi qualifiés de maladies. Ce n'est évidemment pas ce que l'on entend par "maladie". Tout au long de son discours sur la définition de la maladie, le docteur Goodwin affirme qu'il existe "une stricte définition de la maladie qui exige la présence d'un caractéristique biologique anormale" (ibid.). Dans cette brochure je démontrerai qu'il n'existe aucun caractère biologique anormal responsable d'une quelconque maladie mentale, ou désordre mental, et que par conséquent la maladie mentale n'a aucune existence biologique. Encore plus important cependant, je souhaite aussi démontrer que la maladie mentale n'a aucune existence non biologique - à part dans le sens où ce terme est utilisé pour indiquer la réprobation d'un aspect de la personnalité de tel ou tel sujet.

L'idée de la maladie mentale en tant qu'entité biologique est facile à réfuter. En 1988, Seymour S. Kety, M.D., professeur émérite des sciences neuropsychiatriques, et Steven Matthysse, Ph.D., professeur associé de biopsychiatrie, tous deux de la Faculté de Médecine de l'Université Harvard, ont écrit : "Une lecture impartiale de la littérature récente ne fournit pas l'éclairage souhaité quant aux hypothèses de la catécholamine, ni l'émergence d'évidence probante quant à d'autres différences biologiques qui pourraient caractériser les cerveaux de personnes atteintes de maladies mentales" (The New Harvard Guide to Psychiatry - Le nouveau guide Harvard de la psychiatrie, Harvard Univ. press, p. 148). En 1992, un groupe d'experts réunis par le Bureau du Congrès américain pour l'évaluation de la technologie (U.S Congress Office of Technology Assessment) conclut : "Beaucoup de questions demeurent quant à la biologie des désordres mentaux. En fait, la recherche doit encore parvenir à identifier des causes biologiques spécifiques pour n'importe lequel de ces désordres. [...] Les désordres mentaux sont classés sur la base de symptômes parce qu'il n'existe toujours aucun marqueur biologique ni aucun test en laboratoire." (The Biology of Mental Disorders - La biologie des désordres mentaux, U.S. Gov't Printing Office, 1992, pp. 13-14, 46-47). Dans son livre The Essential Guide to Psychiatric Drugs (Le guide essentiel des médicaments psychotropes), le professeur de psychiatrie de l'Université de Columbia, Jack M. Gorman, M.D., écrit : "Nous ne savons pas vraiment ce qui cause les maladies psychiatriques" (St. Martin's Press, 1990, p. 316). Dans son livre The New Psychiatry (La nouvelle psychiatrie), un autre professeur de psychiatrie de l'Université de Columbia, Jerrold S. Maxmen, M.D., ajoute : "On ignore généralement que les psychiatres sont les seuls spécialistes médicaux qui traitent de désordres qui, par définition, n'ont pas de causes ou de remèdes pleinement connus... Un diagnostic devrait indiquer la cause d'un désordre mental mais, comme nous le verrons plus loin, puisque l'étiologie de la plupart des désordres mentaux est inconnue, les systèmes diagnostiques courants ne peuvent pas les expliciter." (Mentor, 1985, pp. 19 & 36 - italiques dans l'original). Dans son livre Toxic Psychiatry (Psychiatrie toxique), le psychiatre Peter Breggin, M.D., remarque : "Il n'existe aucune évidence démontrant que des désordres psychologiques ou psychiatriques communs ont une composante génétique ou biologique." (St. Martin's Press, 1991, p. 291).

Il est parfois soutenu que, puisque certains médicaments "soignent" (en les arrêtant) les pensées, les émotions ou les comportements regroupés sous le nom de maladie mentale, cela prouverait l'existence de causes biologiques à la maladie mentale. Cet argument est facilement réfuté : supposez que quelqu'un soit en train de jouer du piano et que vous n'aimiez pas son interprétation. Supposez que vous l'ayez forcé ou persuadé de prendre un médicament qui l'ait si gravement handicapé qu'il ne puisse plus jouer de cet instrument. Cela prouverait-il que le fait de jouer du piano était causé par un caractère biologique anormal guéri par le médicament ? Aussi insensé que puisse être cet argument, il est souvent utilisé. La plupart, sinon la totalité, des médicaments psychiatriques sont neurotoxiques, aboutissant à une invalidité neurologique généralisée plus ou moins marquée. Ainsi, s'ils peuvent stopper le comportement réprouvé, ils peuvent mentalement handicaper quelqu'un au point que celui-ci ne puisse plus se sentir ni en colère, ni malheureux, ni "déprimé". Mais lui donner le nom de "remède" est absurde. En extrapoler que le médicament a dû guérir un caractère biologique anormal sous-jacent, à la racine d'émotions ou d'un comportement réprouvés, est également absurde.

Confrontés avec le manque d'évidence quant à leur croyance dans la maladie mentale en tant qu'entité biologique, certains défenseurs du concept de maladie mentale affirment que celle-ci peut exister et être définie comme une "maladie" sans être causée par un caractère biologique anormal. L'idée de la maladie mentale comme entité non biologique exige une réfutation plus approfondie que l'argument biologique.

Les gens sont censés souffrir de maladie mentale seulement lorsque leurs pensées, leurs émotions ou leur comportement sont contraires à ce qui est considéré comme acceptable, c'est à dire, quand les autres (ou les soi-disant malades eux-mêmes) leur manifestent de l'aversion. Une façon de démontrer l'absurdité de qualifier tel ou tel phénomène de maladie, non parce qu'il serait causé par une anomalie biologique mais seulement parce que nous le désapprouvons, serait de considérer comment les systèmes de valeurs peuvent varier d'une culture à une autre et comment ces valeurs évoluent dans le temps.

Dans son livre The Psychology of Self-Esteem (La psychologie de l'amour-propre), le psychologue Nathaniel Branden, Ph.D., écrit : "Une des tâches principales de la psychologie est de fournir des définitions de la santé et de la maladie mentales. [...] Mais il n'existe aucun accord global entre les psychologues et les psychiatres au sujet de la nature de la santé ou de la maladie mentales - aucune définition généralement acceptée, aucun standard de base par lequel mesurer tel ou tel état psychologique. De nombreux spécialistes reconnaissent que des définitions et des standards objectifs ne peuvent pas être donnés - qu'un concept de base de la maladie mentale universellement applicable est impossible. Ils affirment que, puisqu'un comportement qui est considéré comme sain ou normal dans une culture peut être considéré comme névrosé ou anormal dans une autre, tout critère est le reflet d'un "parti pris culturel". Les théoriciens qui maintiennent habituellement cette position soutiennent que la meilleure définition de la santé mentale est la conformité aux normes culturelles. Ils déclarent donc qu'une personne est psychologiquement saine dans la mesure où elle est "bien adaptée" à sa culture. [...] Les objections évidentes qu'une telle définition soulève sont : et si les valeurs et les normes d'une société donnée étaient irrationnelles ? La santé mentale peut-elle simplement consister à avoir une existence bien adaptée à une situation irrationnelle ? Quid de l'Allemagne nazie, par exemple ? Un jovial serviteur de l'État nazi - se sentant à l'aise dans son environnement social - est-il un exemple de santé mentale ? (Bantam Books, 1969, pp. 95-96, italiques dans original). Le Dr. Branden commet ici plusieurs erreurs : en premier lieu, il confond moralité et rationalité, en prétendant que le respect pour les droits de l'homme est quelque chose de rationnel alors qu'en réalité ce n'est pas une question de rationalité mais plutôt de moralité. Le Dr. Branden est psychologiquement et émotionellement si prisonnier et aveuglé par ses propres valeurs qu'il est manifestement incapable de percevoir la différence. En outre, il fait état ici de quelques-unes de ses propres valeurs. Parmi celles-ci : que le respect des droits de l'homme est une bonne chose et que leur non-respect est mauvais (y compris dans le cas du nazisme). Il ajoute : violer de telles valeurs, c'est faire preuve d'"irrationalité" ou de maladie mentale. Bien que de tels praticiens ne l'admettent pas et bien qu'ils n'en soient souvent même pas conscients, la psychiatrie et la psychologie "cliniques" dans leurs essences même sont concernées par les valeurs - valeurs dissimulées sous un vernis verbal donnant l'impression qu'ils ne défendant pas des valeurs mais font la promotion de la "santé". La réponse à la question que pose le Dr. Branden est : une personne vivant en Allemagne nazie et qui s'y serait trouvée bien adaptée était "mentalement saine" si elle était jugée à l'aune des valeurs de sa propre société. Jugée par les valeurs d'une société qui respecte les droits de l'homme, elle est en réalité aussi malade (métaphoriquement parlant) que le reste de sa culture. Pour ma part, je soutiens cependant qu'une telle personne est moralement "malade", le mot malade n'ayant pas ici un sens littéral mais une signification métaphorique. Pour quelqu'un comme le Dr. Branden qui croit au mythe de la maladie mentale, une telle personne est littéralement malade et a besoin d'un docteur. Pour ma part, la différence est que je sais reconnaître mes valeurs pour ce qu'elles sont : ce sont celles de la moralité. En général, celui qui croit en l'existence de la maladie mentale, tel le Dr. Branden dans le passage ci-dessus cité, a les mêmes valeurs que moi, mais il les confond avec la santé.

Un des exemples le plus marquants est l'homosexualité, officiellement définie comme maladie mentale par l'Association Psychiatrique Américaine et ce, jusqu'en 1973. L'homosexualité était alors définie comme un désordre mental, voir page 44 du livre de référence DSM-II : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (2e édition) de l'Association Psychiatrique Américaine, (DSM-II : Manuel diagnostique et statistique des désordres mentaux), publié en 1968. Dans ce manuel, "l'homosexualité" est classée comme un "déviation sexuelle" (page 44). En 1973, l'Association Psychiatrique Américaine a voté de rayer l'homosexualité des catégories diagnostiques officielles de la maladie mentale. (Voir An Instant Cure "Une guérison instantanée", Time Magazine, 1er avril 1974, p. 45). Ainsi, lorsque fut publiée la troisième édition de ce livre en 1980, on put alors y lire que "l'homosexualité elle-même n'est pas considérée comme un désordre mental." (p. 282). L'édition 1987 du The Merck Manual of Diagnosis and Therapy (Manuel Merck de diagnostics et de thérapie) déclare : "L'Association Psychiatrique Américaine ne considère plus l'homosexualité comme une maladie mentale" (p. 1495). Si la maladie mentale était réellement une maladie au même sens que les maladies physiques le sont, l'idée de rayer l'homosexualité ou n'importe quelle autre maladie de la liste des pathologies par un simple vote serait aussi absurde que si un groupe de médecins votait de rayer le cancer ou la rougeole de ces mêmes catégories. Mais la maladie mentale n'est pas une maladie comme n'importe quelle autre maladie. Contrairement à une maladie physique où il y faut négocier avec des facteurs physiques, la "maladie" mentale est entièrement une question de valeurs, relevant des catégories du bien et du mal, de ce qui est convenable ou de ce qui ne l'est pas. A un moment donné, l'homosexualité paraissait si étrange et si difficilement compréhensible qu'il était nécessaire d'invoquer le concept de maladie mentale pour l'expliquer. Après que les homosexuels aient fait tant de bruit autour de leur cause démontrant leur "force par le nombre" et après avoir réclamé avec succès une petite dose de reconnaissance sociale, il n'était désormais ni nécessaire ni pertinent d'expliquer l'homosexualité en tant que maladie.

Un exemple interculturel est celui du suicide. Dans nombre de pays, tels que les États-Unis et la Grande-Bretagne, une personne qui se suicide ou qui en fait une tentative ou qui même y pense sérieusement est considérée comme souffrant d'une maladie mentale. Cependant, tel n'a pas toujours été le cas à travers l'histoire de l'humanité, ni même au sein des différentes cultures mondiales actuelles. Dans son livre Why Suicide? (Pourquoi le suicide ?), le psychologue Eustace Chesser signale que "ni l'Hindouisme ni le Bouddhisme ne font des objections intrinsèques au suicide ; dans quelques branches du Bouddhisme, l'immolation est même considérée comme pouvant conférer une mérite spécial". Il signale aussi que "les Celtes méprisaient l'attente de la vieillesse et du déclin des forces. Ils croyaient que ceux qui se suicidaient avant leur diminution physique allaient au ciel, alors que ceux qui étaient morts de maladie ou qui étaient devenus séniles allaient en enfer - un renversement intéressant de la doctrine chrétienne" (Arrow Books Ltd., Londres, Angleterre, 1968, p. 121-122). Dans son livre Fighting Depression (Lutter contre la dépression), le psychiatre Harvey M. Ross, M.D., fait remarquer : "Certaines cultures s'attendent à ce que la femme se jette dans le bûcher funéraire de son mari" (Larchmont Books, 1975, p. 20). L'exemple probablement le plus connu d'une société où le suicide est socialement acceptable est le Japon. Plutôt que de penser au suicide, "hara-kiri" en Japonais, comme presque toujours causé par une maladie mentale ou comme une maladie, les Japonais, dans certaines circonstances, le considèrent comme quelque chose de normal, socialement acceptable, par exemple lorsque quelqu'un "perd la face" ou lorsqu'il se trouve humilié par un échec quelconque. Un autre exemple montrant que le suicide est considéré par les Japonais comme normal, et non comme un acte de folie, est celui des pilotes kamikazes que le Japon a utilisés contre la Marine américaine lors de la Deuxième Guerre mondiale. Il leur était fourni juste assez de combustible pour un voyage aller, une mission suicidaire, jusqu'à l'endroit où se trouvaient les forces d'attaque de la Marine américaine ; ils écrasaient alors délibérément leurs avions sur les bâtiment ennemis. Il n'a jamais existé de pilote kamikaze américain, du moins aucun officiellement parrainé par le gouvernement des États-Unis. La cause en est la différence d'attitude entre le Japon et l'Amérique au sujet du suicide. Le suicide pourrait-il être seulement le fait de malades mentaux en Amérique alors qu'au Japon il s'agirait de personnes normales? Ou l'acceptation du suicide au Japon serait-il un échec ou un refus de reconnaître la présence de caractères psychologiques anormaux devant nécessairement être présents pour qu'une personne puisse volontairement mettre fin à ses jours? Les kamikazes étaient-ils mentalement malades, ou est-ce simplement que la société dont ils provenaient avait des valeurs différentes des nôtres? En Amérique même, n'est-il pas vrai qu'en temps de guerre, des actes virtuellement suicidaires commis par solidarité envers des compagnons d'armes ou plus généralement par patriotisme, sont considérés non comme des actes de folie mais bien plutôt de bravoure? Pourquoi considérons-nous de telles personnes comme des héros plutôt que comme des cinglés? Il semble que nous condamnons (ou "diagnostiquons") les personnes suicidaires comme des fous ou des malades mentaux seulement dans le cas où ils mettent fin à leurs jours pour des raisons égoïstes (telles que : "je n'arrive plus à supporter la vie") plutôt que pour le bénéfice de leurs prochains. La véritable question semble alors être celle de l'égoïsme plutôt que celle du suicide.

Ce que ces exemples démontrent est le fait que la "maladie mentale" est simplement une forme de déviance par rapport à ce que les gens désirent ou espèrent de leur société en particulier. La "maladie mentale" est n'importe quel aspect de la mentalité humaine hautement indésirable aux yeux de la personne qui la décrit.

Cette situation se trouve résumée dans un article du magazine Omni daté de novembre 1986 : "Les désordres s'en viennent et s'en vont. Ainsi le concept même de névrose proposé par Sigmund Freud a été abandonné dans le DSM-III original (1980). En 1973, des administrateurs de l'APA [Association Psychiatrique Américaine] ont voté de rayer presque toutes références à l'homosexualité en tant que désordre. Avant le vote, le fait d'être homosexuel était considéré comme du ressort de la psychiatrie. Après le vote, le désordre fut relégué aux oubliettes la psychiatrie. "C'est une question de mode, et les modes changent", a déclaré le Dr. John Spiegel de l'Université Brandeis, président de l'APA en 1973, alors que flambait le débat sur homosexualité (p. 30).

Ce qui ne convient pas avec une telle approche est le fait de décrire certaines personnes comme des "malades mentaux" seulement parce qu'elles ne correspondent pas à l'idée que peut se faire un soi-disant clinicien ou qui que ce soit d'autre quant au comment une personne "devrait" être au niveau de ses vêtements, de son comportement, de ses pensées ou de ses opinions. Lorsque cela implique le non-respect des droits d'autrui, le non-conformisme vis-à-vis des normes ou valeurs sociales doit être réfréné ou stoppé par des mesures telles que l'arsenal légal. Mais nommer le non-conformisme ou un comportement désapprouvé "maladie" ou supposer qu'il doit être causé par une maladie seulement parce qu'il est inacceptable selon les valeurs dominantes présentes n'a aucun sens. Ce qui nous pousse à le faire, c'est notre ignorance des véritables causes des pensées, émotions, ou comportements que nous désapprouvons. Quand nous ne comprenons pas les véritables raisons d'un phénomène, nous créons des mythes pour fournir une explication. Au cours des siècles passés, les gens utilisaient le mythe des mauvais esprits ou celui de la possession par les démons pour expliquer les pensées ou comportements inacceptables. Aujourd'hui au contraire, la plupart d'entre nous croient au mythe de la maladie mentale. Croire en des entités mythologiques telles que les mauvais esprits ou les maladies mentales donne l'illusion de la compréhension; il est toujours plus facile de croire à un mythe plutôt que de reconnaître son ignorance.

Nommer des pensées, des émotions, ou un comportement réprouvé "maladie mentale" pourrait être excusable si la maladie mentale était un mythe utile, mais tel n'est pas le cas. Au lieu de nous aider à traiter avec des personnes troublées ou gênantes, le mythe de maladie mentale nous éloigne des vrais problèmes, ceux qui auraient le plus besoin d'être affrontés. Plutôt que d'être causées par un "déséquilibre chimique" ou un quelconque autre problème biologique, la non-conformité, les conduites néfastes et les réactions émotives que nous nommons "maladie mentale" sont le résultat des difficultés que les gens ont à subvenir à leurs besoins ainsi que de comportements que certains ont appris tout au long de leurs vies. Les solutions sont d'enseigner aux gens comment satisfaire leurs besoins, comment se comporter, en utilisant les pouvoirs légaux nécessaires pour les contraindre à respecter les droits d'autrui. C'est là le travail de l'éducation et de la loi, et non celui de la médecine ou de la thérapie.

L'auteur, Lawrence Stevens, est avocat. Sa pratique l'a conduit à défendre des "malades" mentaux. Il a publié une série de brochures sur les problèmes de la psychiatrie, y compris sur les médicaments psychotropes, la pratique de l'électrochoc et la psychothérapie. Ses brochures n'ont pas de droits d'auteur. Vous êtes donc autorisés à faire autant de copies qui vous paraîtront nécessaires et utiles.

Traduit de l'anglais par Helen et Jean-Paul Rosfelder.
© www.antipsychiatry.org


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17 août 2006

Théorie du « déséquilibre chimique » du cerveau, une « métaphore poétique »

La psychiatrie neurobiologique fonde ses théories sur l’étude du cerveau et de ses sécrétions internes. Elle exploite les techniques sophistiquées de l’imagerie médicale qui lui permettent de valider l’efficacité présumée des psychotropes, substances agissant sur le métabolisme des neuromédiateurs. Il s’agit là d’une des théories favorites du courant mécaniste de la psychiatrie. Aucune preuve de nature biologique ou autre n’a été apportée permettant de valider le postulat selon lequel l’observation d’une altération chimique du cerveau détermine l’efficacité d’un psychotrope ou une modification des capacités mentales d’un sujet. Ce serait d’ailleurs impossible à faire étant donné qu’il faudrait analyser les rapports entre les processus biologiques ou biochimiques ayant leur siège dans les cellules cérébrales et les états émotionnels, affectifs et psychologiques d’une personne, et ceci n’a jamais été scientifiquement effectué même par les neurobiologistes. Il semble même que cela soit totalement utopique.
Il n’existe aucun test valide permettant de mesurer l’état chimique du cerveau d’une personne vivante. De nombreux spécialistes réfutent ce qui, selon eux, relève d’une pure prétention scientifique. Citons-en quelques-uns :
– le psychiatre Douglas Mar a rejeté l’idée que l’on puisse diagnostiquer des maladies mentales en scannant le cerveau : « Aucune base scientifique n’existe pour de telles affirmations. »
– Un autre docteur américain, Michael Devous, qui exerce au Centre de médecine nucléaire du Centre médical de l’Université du Texas du Sud-Ouest, ajoute : « Un diagnostic précis sur la base d’un scanner n’est tout simplement pas possible. »
– Dans le cadre d’une conférence de consensus, les experts du NIH ont conclu sans ambiguïté : « Il n’y a aucune donnée qui indique que le TDAH soit causé par un dysfonctionnement du cerveau. »
– Le docteur Joseph Glenmullen, de l’École médicale d’Harvard, déclare de plus : « Chaque fois qu’on a cru découvrir un tel déséquilibre chimique, il a été démontré par la suite que c’était une erreur ».
– En 2001, un autre spécialiste, le docteur Ty Colbert, auteur de plusieurs livres dans le domaine , affirmait : « Il n’existe pas de test biologique ou de marqueur biologique  pour le TDAH, de même que pour les troubles mentaux. »
Dans un article du Monde du 14 avril 2004, le Pr Zarifian, expert auprès du gouvernement français, s’élève contre la prétendue légitimité des techniques d’imagerie médicale du cerveau dans l’observation des troubles mentaux et la qualification des drogues psychiatriques : « La recherche en neuro-imagerie est scientifique mais ses interprétations, ses conclusions ou ses affirmations sont scientistes. ‘’Voir le cerveau penser’’ n'est qu'une métaphore poétique […]. En dépit de la sophistication grandissante des techniques de la neuro-imagerie cérébrale, aucun résultat n'a été obtenu à ce jour ayant un intérêt pour le diagnostic, pour prédire l'évolution d'un trouble psychique ou pour prévoir la réponse à un traitement médicamenteux. L'imagerie cérébrale permet certes d'établir des diagnostics dans les maladies neurologiques, mais elle ne sert, pour le moment, qu'à fabriquer des hypothèses dans les troubles psychiques. »

Extrait de Nos enfants, cobayes de la psychiatrie ? de Pierre Vican


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