Le dossier viennois du psychiatre nazi Heinrich Gross

Heinrich Gross a été déclaré « dément » par la justice autrichienne,
en 2000, quelque temps avant de mourir. Il fut
accusé une première fois d'avoir assassiné des enfants handicapés sous le IIIe Reich, dans la
clinique du Spiegelgrund, à Vienne. Il n'a jamais été jugé pour ses crimes.
Le 22 mars 2000, la justice autrichienne a clos le dossier judiciaire
de cet ancien psychiatre nazi. Comme l’a rapporté Le Nouvel Observateur, «Heinrich Gross, âgé de 89
ans, était médecin-chef de l'hôpital du Spiegelgrund à Vienne, l'une
des cliniques nazies en Autriche où 789 enfants handicapés ont été tués
par le régime hitlérien. Ces meurtres avaient été commis dans le cadre
du programme d'euthanasie destiné, selon l'idéologie nazie, à éliminer
de la société "les vies sans valeur" à une époque où l'Autriche,
annexée en 1938 par l'Allemagne hitlérienne, faisait partie du IIIème
Reich. »
L’hôpital viennois où ont été pratiqués ces actes d’enthanasie sur les
enfants, du nom de « Spiegelgrund », a conservé scrupuleusement la liste
de tous les décès survenus depuis juillet 1940 jusqu’à la fin de la guerre.
Bien que les meurtres par euthanasie étaient systématiquement
camouflés en maquillant les noms des victimes, le « Livre des Morts »
représente une source inestimable grâce à laquelle il fut possible de
retrouver les noms des 789 petites victimes, avec leurs dates de
naissance, de leur entrée à l’hôpital et de leur décès.
L’existence de ce registre avait été gardé secrète par l’hôpital
psychiatrique de la ville de Vienne au Baumgartner Höhe jusqu’en 1998. Ce registre résidait dans les archives
municipales et provinciales de Vienne jusqu’en 2002.
Les portraits des victimes du Spiegelgrund que l'on peut voir dans le site consacré à cette affaire sont inspirés des clichés
photographiques provenant des dossiers individuels des patients de
l’établissement datant de l’époque. Ces portraits, œuvre de l’artiste Anne
Schmees, ont
été commandés par la ville de Vienne à l’occasion de la cérémonie mortuaire qui eut lieu en 2002.


Heinrich Gross
Selon Le Nouvel Observateur, « Heinrich Gross a une nouvelle fois été inculpé
pour le meurtre de 9 enfants à la clinique du Spiegelgrund à la fin des
années 1990, après que l'un de ses anciens patients sur lequel il avait
pratiqué des expériences médicales, l'eût reconnu et découvert qu'il
travaillait comme médecin légiste pour le ministère autrichien de la
Justice. Le dossier était partiellement fondé sur un document des
archives de la "Stasi", les services secrets est-allemands, qui
prouvait que Heinrich Gross était directement impliqué dans les
meurtres par euthanasie pratiqués au "Spiegelgrund".
Heinrich Gross est décédé le 15 décembre 2005 à Hollabrunn à l'âge de 91 ans. Selon divers témoignages, le psychiatre a mené sur ses patients
diverses expériences « médicales » qui se résumaient à des actes de
barbarie comme l’injection d’aiguille dans le cerveau, l’inoculation de
maladies, etc.
Heinrich Gross avait été incarcéré un court moment après la
guerre, puis, bien plus tard, dans les années 1980, un tribunal qui
s’était penché sur son passé, n'avait pas retenu les conclusions d'un
autre tribunal qui avait auparavant reconnu le psychiatre coupable
d'homicide. Gross
a tranquillement exercé la profession de psychiatre-légiste pendant 30 ans
jusqu'en 1997.
Comme s’est exprimé un témoin, « Le ministère de la Justice a toujours
'protégé' Heinrich Gross". Il est très commode de fermer le dossier
maintenant, car c'est un scandale et une honte. » Johann Gross, une ancienne victime du psychiatre qui n'est pas en
parenté avec Heinrich Gross, a déclaré qu'il n'était pas surpris par la
décision du ministère de la Justice. […] "J'ai toujours les séquelles
de l'époque où j'étais au Spiegelgrund. On m'a fait des piqûres,
c'était des punitions car j'ai essayé de m'enfuir à plusieurs
reprises", a relaté Johann Gross, indiquant qu'il était de l'avis que
Heinrich Gross était en état de suivre un procès.
Ces horreurs ont été rappelées dans un film documentaire "Spiegelgrund", dont les deux cinéastes sont Angelika Schuster et Tristan Sindelgruber.
Voir le site internet des auteurs du document (en anglais et en allemand).
Site internet complet sur l'hôpital psychiatrique Spiegelgrund.
Source: © Le Nouvel Obs.
Voir aussi un film documentaire en français : Au nom de la science, réalisé par Joe Berlinger.
Ce documentaire révèle qu'en avril 2002, "750 cerveaux et têtes d'enfants ont été découverts dans les sous-sols de la clinique pour enfants de Vienne, la Spiegelgrund. Ces 750 enfants ont été assassinés dans le cadre du programme d'euthanasie des nazis conduit par le docteur Heinrich Gross, commandant en second de la Spiegelgrund. Pendant plus de 40 ans après la guerre, le docteur Heinrich Gross a poursuivi ses recherches sur ces cerveaux d'enfants. Gross, aujourd'hui [à l'époque du documentaire] âgé de 86 ans, vit en homme libre en Autriche, toujours officieusement protégé par le gouvernement... Le film combine l'histoire édifiante de Spiegelgrund, les témoignages des parents des victimes et le combat mené pour amener Gross devant la justice."
Témoignage d'Elvira Manthey : survivante à 8 ans de l'holocauste psychiatrique du IIIe Reich
Extrait du livre Hempel - A german child, which was allowed to turn back from the gas chamber: 1940 - 1942.
par Elvira Manthey
Russel Tribunal on Human Rights in Psychiatry - June-July 2001 in Berlin
Nous publions ici ce texte en anglais bien que ce site soit surtout destiné aux visiteurs francophones. La grande majorité des documents accessibles sur ce blog contient des textes provenant de sources en langue française.
Même si c'est généralement le cas dans le domaine des abus de la psychiatrie, ce témoignage risque de heurter encore plus la sensibilité des lecteurs. Nous le publions au nom de la vérité historique et de l'éthique, et à la mémoire des milliers d'enfants assassinés par la politique raciale du IIIe Reich élaborée sous l'influence de la psychiatrie.
Translation from German:
My name is Elvira Manthey. I was born in Magdeburg in 1931. My father was a criminal, a pimp. There were 15 children in our family but only 6 survived. One was born every year but one always died. My father stayed away for weeks – we were hungry, we were cold. My mother went along to the social office and applied for support. My four elder brothers were consequently taken away. My mother became pregnant again and she never took the baby with her, it remained in the home – that's my sister Lisa.
I didn't end up in the hands of the youth office – I stayed with grandparents. I didn't need to run around barefoot because other people had to run around barefoot winter and summer. My grandfather had lung disease. He infected me and I was taken to hospital and was taken away from there by the youth office. My mother wanted to pick me up but I had already been taken away. I was then given a guardian – this was the youth office in Magdeburg. I was then taken to a childrens home – that was at the age of four. I wetted the bed. I had infectious itching all over the body and this was then transferred to other children as well. At the age of five and a half I was put into school and made the next grade but then there was the legislation passed by the Nazis which was then applied to me. In the holidays as a result I was taken to a different home and this worked together with the youth office and the health office.
When my mother asked for assistance, a fire was set on the Hempels, because we were regarded as an inferior family. Therefore I was put in this childrens home. I spent four weeks in this home. During that time one of the assistants took me to Magdeburg by train – near Schoenebeck-Salzelmen. There was a Dr. Fünfgeld who worked at a hospital in Suedenbuerg in Magdeburg. He didn't examine me to see if I was mentally ill but to see whether I was Arian or not. My cranial form was measured, my eyes, their color, how strong my hair was, how light my skin was – my whole bodily structure was measured to see whether I was of Arian blood or not.
And then I came to Urtspringe in Land of Saxony-Anhalt. That was called a mental home at that stage. I immediately noticed what was going on there, these were handicapped people – mentally handicapped people – and a lot of healthy children were there as well. I had my sister Lisa there, who had never been at home at all. We had a huge dormitary and a small room where we had to stay during the day. We had to sit down. There was breakfast, lunch. After lunch we had to put our heads on the table and then sheets were spread out over us. Anybody who moved was hit on the back of the head. The room was closed the whole day. But now you try lying on your elbows, on your face like that without moving yourself – you move of course. And there we were then - shrashed as a result. We were not allowed to leave the room. Opposite was the toilet. That was the only room we were allowed to use.
Completely healthy children! So the handicapped children dissapeared and when a transport of children arrived, then emergency beds were put up in the dormitary. They also quickly dissapeared. A soon as a child had the slightest defect, it was murdered immediately. Many children had a nervous breakdown. A child who sat next to me started screaming. The door was then opened as a nurse came in and then a straight jacket was applied. The child was then taken out. There was one room involved, which was the rubber-room. And I heard her screaming, which I'll never forget for the rest of my life.
Then a man came along and spread out a sheet and a child was laid on it and was carried out. It was a nasty old man. I didn't want him to touch me and I didn't want to end that way. "I don't want to die!", I said. And I thought: "Ok, what am I going to do? If you stay here, you'll go mad". If you left the room, you were beaten – you weren't even allowed to use the toilet. So I said, either I go mad or I get beaten, so I just went out, took hold of a broom and cleaned the floor every morning and I was not beaten for doing that.
Behind the dormitary there were babies, completely healthy babies. When they were washed and fed, I helped. Wherever there was any work, I made myself available: cleaning away the dirty dishes after lunch and fetching the meals, taking away the dirty laundry. We had to move across the premises and we always encountered this "death man" with his trolley. There were two wheels on it and two handles and there were these bundles of rags. They were about this high but they were rags of the children – the corpses were there, tied up and heaped up on this trolley.
I spent two years in this home and then it was said: "Your sister is going to be removed". She was transported away one day before her fifth birthday and gassed in the prison in Brandenburg. There were two prisons in Brandenburg. One in Brandenburg-Havel - there was a gas chamber set up there and the other was in Brandenburg-Görden. One week later it was my turn. We were taken to a different building. There weren't very many children left – only about eight in the children's ward. We were taken to a different building. There was a stage there and a number of seats in the hall and the room was filled with grandmothers, only women and lots of children.
We sat there and there were a large number of files on the stage. And then it was said: out first the children. So we went out, outside the door. There were four busses. We got on board the busses but I can't remember what happened because the bus was full when it arrived in Brandenburg. The bus went into a building and we had to get out. I was always first. There was a small corridor – it was about as wide as a door-frame and at the end the door was open and there was light in the room, although it was daytime. So I went into the room and to give the children more place, I went well into the room. And there was a table there.
I will try to explain what it was like. If this is the room – of course it was much, much smaller – then here was the entrance and on this wall there was an iron door. Behind that there was a gas chamber. And then in the corner there was a table which reached out in the middle of the room, it was placed at an angle. Three women sat behind it. I stood behind this man and the children were right in front of this iron door and I stood on my own. To the left of me there was a man, a Dr. Bonker (?), he was a medical practitioner until 1985. I stood behind his back. Then to the right of me there was this pile of clothes and next to that a pile of clothes.
"Get undressed! Hurry up!" we were told to do. What I immediately noticed: T"there is something wrong here, I'm not going to get undressed here." So I stood quite still behind this Dr. Bonker. Then they got hold of the smallest child, tore the clothes off him, took the child by the upper arm and put him next to the table. So if this is the table here, this is where I was and I turned my head in this direction here toward the iron door and to the pile of clothes. So she stood, held the child by the upper arm, then turned around, took two or three steps – that's how small the room was – and this child wanted to run and try to move its legs but it couldn't move them properly. Then she opened the iron door and hurled the child into the gas chamber.
In the meantime, other children had been undressed. She took one child at a time, took it by the back of the neck in front of the table and then thrust one child after the other into the gas chamber. And I'm still fully dressed standing between this table and this pile of clothes. I'd been overlooked! And then the woman screamed at me: "Get undressed! Hurry up, otherwise you'll get beaten!". I had an awful dress on, but this dress had a large number of buttons on it and I opened the buttons very, very slowly, one after the other. And I said to myself:"I don't want to go into this room behind the iron door".
And then I took my dress off and threw it onto the pile of clothes. Good fortune again: I had shoes I had to untie. So I undid the laces very slowly and then threw the shoes on the pile of shoes and when I was completely naked I was grabbed by Dr. Bonker by my left arm. Then he pulled me around and then I stood naked in front of the table. Now because I worked in the old mental home, I had behind my name on the transport list a question mark. And that was why I was allowed to get dressed again. I was only asked how old I was. Eight years old I said. "What's your name?" "Elvira Hempel". "Get dressed again!", I was told.
The woman then took me across the courtyard to the other building and then I established that this was a prison, because there were bars in front of the windows. There were a few steps up to the building, the corridor. There was a door there which was open but was normally locked up and there were two children who were already there. Three children survived this transport. We embraced, as if we really knew, what we had just been spared.
We spent eight days in this prison, completely alone. At night the cells were locked up and were opened during the day. We played the sort of things that you play at that time. There were a lot of potties there at night – they used to be made of enamel and they had a rounding at the bottom and then we used them to play with. We didn't wash ourselves, we didn't comb ourselves, we didn't brush our teeth. And then the woman came along and brought us our food and said: "You are going to be taken away from here." So the next day there was a taxi outside the building. There was a partition between them. We three dirty, filthy children sat behind this partition screen and in front there was a chauffeur and a woman from the youth office. We were taken to Brandenburg-Goerden.
We were taken to school there. We stayed there for four months. But at that stage I didn't know the dataf - I didn't know what a month was. I only knew what a month was, I only knew what was warm and what was cold and what the season was. Then in Brandenburg we went for a walk in the woods and of course not on our own and not every day either. There were mushrooms. We had to collect mushrooms. And the state of Saxony didn't pay Brandenburg and therefore we had to go back to Urtspringe and there were eight children who were taken to Alt ........ by mistake. The girl who looked after us was from the welfare home and she tortured one of the children so badly that it fell ill. And you know what happened to ill children: that child was killed. So there were only seven left.
We then went back to Urtspringe. But I know that in Alt......... this was the wood beetles time so this must have been about that time of the year but I couldn't enter the date until after the reunification of Germany when I got the documents from that particular period. Then my mother struggled to get us free, or to get me free. I don't know how long I was in Urtspringe, but it can't have been that long. I was then taken to another home, where women had been previously and that's where we seven children were taken. And I came back home but my mother was not allowed to keep me. My father was in the army. The welfare officer said to her: "Mrs. Hempel, if your husband comes back, the same will happen again. You will only get your daughter back once you are divorced."
So I was then taken to a children's home in Magdeburg. That was a good time. There were deaconesses from the church. And then I was beaten again by the woman who looked after me there. I couldn't stand her either. But I went to school for a while there and I was beaten by this woman calle "Kathe" very frequently. In the meantime I was given leave before I was released from Urtspringe and went back to Magdeburg. I had a few months holiday and I knew all the children who lived with my mother and who went to the same class as I did and I told the children what had happened. My mother then fetched me from the school and we went to the youth office the next day. That was the 6th of October, 1942 on my eleventh birthday that I was released.
I spent seven years going through hell. I saw many, many murders by polishing the floor. I opened all the doors and was able to see how the children were injected by the nurses and they were infected by the "death man". I have never been able to come to grips with that the whole of my life. I have very little school education, I am a victim and it is the victimization that I want to have recognized and I'm fighting and if it's the last thing I do, to get recompense. I've written a book and it is called "Hempel. A german child, which was allowed to turn back from the gas chamber: 1940 - 1942". This is my revolting life which I have written down here. You can buy this book outside the hall and it is 300 pages long.
Thank you very much for listening!
Source : © Elivra Manthey: an eye witness and survivor testimony - http://www.iaapa.ch/
De Malthus à l’eugénisme, les hommes derrière Hitler
par Christoph Jensen
2 juin 2001
Ce qui suit est une version abrégée du livre Les Hommes derrière Hitler de Bernard Schreiber, un avertissement au monde venant d’Allemagne.
Bernard Schreiber conseille vivement à tout un chacun, de citer et distribuer librement le contenu de ce livre. L'auteur est né en 1942 à Stuttgart après que son père soit mort en service commandé comme officier de la Luftwaffe. Il a étudié le journalisme au Etats-Unis et a beaucoup voyagé en tant que journaliste free-lance. Il a mené des recherches sur le contenu du livre pendant cinq ans.
Bernhard Schreiber plaide pour une large distribution du livre et ne donne pas seulement son accord mais «encourage vivement la distribution, la traduction, la publication et la réimpression par quiconque désireux de le faire».
De Malthus à l’eugénisme, à l’hygiène raciale, au nettoyage ethnique
Loin de décrire les auteurs de ces crimes contre l’humanité comme des irrationnels et comme des bêtes sauvages, l’auteur explore et retrace ces horribles et cruelles tueries sélectives jusqu’à leur source : dans l’élaboration et la conceptualisation d’hypothèses qui se sont développées au 19e siècle. Les camps de concentrations furent le résultat de la « logique diabolique » d’une mentalité qui jusqu’à récemment n’a pas été vaincue, mais si je peux me permettre, est toujours à l’œuvre là où nous parlons de « gens en trop » : elle est là quand les escadrons de la mort essaient de « nettoyer » les rues de Rio de Janeiro, elle est là quand on « abandonne » la « résolution » des guerres Africaines, quand on « renonce à » une distribution équitable des ressources, quand on refuse d’examiner les paramètres économiques et financiers qui « déterminent » nos relations sociales, ou on essaye « d’améliorer » la race humaine par des manipulations génétiques.
Thomas Robert Malthus
J’ai pris la liberté de citer des extraits du livre et de les interpréter. Bernhard Schreiber croit que la source de cette logique diabolique se trouve dans un essai écrit par Thomas Robert Malthus (1766-1834), un économiste anglais, politicien et historien : Essai sur le principe de population (1798). C’est un document réactionnaire, contre les principes d’éducation et d’émancipation qui apparurent avec la Révolution française. Dans cet essai il suggère que la pauvreté et ses conséquences, la misère et le vice, sont inévitables « parce que la croissance de la population excédera toujours la production de nourriture ». Les arrêts de croissance de la population ont été provoqués par « la guerre, la famine, les maladies ». Malthus propose « l’abstinence sexuelle » pour la classe ouvrière comme moyen de diminuer l’excès de population. Dans cette optique, les classes « inférieures » sont rendues « totalement responsables » de leur propre misère sociale. La base de l’hypothèse de Malthus était que l’accroissement de la population a une progression géométrique (2, 4, 8, 16, 32 etc) alors que la production de nourriture a une progression arithmétique (1, 2, 3, 4, 5, 6 etc.). Avec cette hypothèse Malthus fut un des premiers à se détourner des solutions économico-sociales pour résoudre les problèmes de cette période. A la place, il proposa de les «solutionner» par des moyens «biologiques». Un de ses opposants le plus acharné fut Robert Owen, entrepreneur et réformateur social. Mais les présentations de Malthus eurent sur les gens une influence que l’on peut difficilement qualifier autrement qu’«hypnotique». Il flottait un air de «science» autour d’elles. Seulement quelques-uns demandèrent quelles étaient les bases de ces hypothèses.
Une des conséquences des hypothèses de Malthus fut une loi passée en 1834 qui créa la première « maison du travail » pour les pauvres. Les sexes étaient strictement séparés pour infléchir la « sur-reproduction ». La pensée derrière tout cela était bien sûr une classification de l’humain en « supérieur » et « inférieur ». Il fallait infléchir vers le bas le développement des classes « inférieures » de peur qu’elles « n’envahissent » les gens « meilleurs ». La théorie de Malthus se transforma en « croyance » et en philosophie, produisant ainsi le « mouvement pour le contrôle des naissances », et recevant de nos jours le vent en poupe avec les campagnes pour infléchir « l’explosion de la population ».
Darwin - Galton
Darwin qui vécut de 1809 à 1882 publia en 1859 son livre sur Les origines des espèces par la sélection naturelle ou la préservation des races favorites dans la lutte pour la vie. Il est à remarquer que dans ses écrits, il n’est jamais fait mention de l’étude de l’espèce humaine : il tente plutôt d’expliquer le développement des formes de vie en termes de luttes pour l’existence. Quand Darwin découvrit l’essai de Malthus, il adopta la doctrine et en fit la pierre angulaire de son travail suivant : L’Origine de l’Homme. Il incomba à Francis Galton (1822-1911), un cousin germain de Darwin, d’exposer le sujet sur l’«Eugénisme». Galton était si fasciné par la théorie de Darwin sur la sélection naturelle, qu’il passa plusieurs années à essayer de prouver que les capacités mentales étaient héréditaires. Il en sortit un livre, publié en 1883 : Enquêtes sur les facultés humaines, dans lequel il transfère ses théories sur l’hérédité de l’individu à la «race entière». Avec ceci en tête, il étendit la théorie de Darwin de la sélection naturelle à un concept d’intervention sociale délibérée, qu’il considérait comme l’application logique de l’évolution à la race humaine. L’«Eugénisme» est ainsi la philosophie sous-jacente qui consiste à encourager un stock humain de meilleur qualité et décourager la reproduction du stock moins désirable.
Arthur Conte de Gobineau
Introduisons Arthur Conte de Gobineau (1816-1882) : si nous voulons retracer et « comprendre » la version moderne du racisme - c’est dans cet essai que nous la trouvons : Essai sur l’inégalité des races humaines. De façon romantique, il parle d’une « race aryenne à la belle chevelure » qui est supérieure à toutes les autres. Il soutient que les vestiges de cette race, qui peuvent être trouvés dans différents pays d’Europe, constituent une toute petite aristocratie raciale se dégradant sous le poids écrasant des races inférieures. A peine remarqué dans son pays natal, la France, il jouit alors d’une grande popularité en Allemagne.
Juste avant le début du siècle, un diabolique amalgame d’idées se produisit : le darwinisme, uni aux théories sociales, devint le darwinisme social, incluant l’eugénisme. En 1894 l’« Association Gobineau » fut fondé en Allemagne ; les écrits de Gobineau furent popularisés par un groupe extrêmement nationaliste et anti-juif, les « pangermanistes ». Il était petit en nombre mais très bruyant, et ses membres comprenaient une grande proportion d’enseignants.
Houston Steward Chamberlain
En 1899, un disciple de Gobineau, Houston Steward Chamberlain (1855-1927), un Anglais ayant la citoyenneté allemande, publia son livre : La fondation du dix-neuvième siècle en Allemagne. Dans ce livre, il soutint que la race allemande est la forme la plus pure d’aryanisme, traitant les races inférieures, les juifs et les « négros », comme des dégénérés. L’eugénisme, le darwinisme social et l’hygiène raciale se tinrent alors par la main. Seul l’eugénisme entreprit de se désigner lui-même comme une « science ». Il se créa un mouvement qui attira beaucoup de professions médicales. Elles apportèrent la caution scientifique dont avait besoin le darwinisme social dans ses entreprises visant à favoriser les plus dignes, et les hygiénistes raciaux dans leurs efforts pour améliorer la race humaine. A partir de là, l’eugénisme, le darwinisme social et l’Hygiène raciale fusionnèrent si fortement qu’il serait vain d’essayer de les différentier.
La survie du plus fort
En 1900 le fondateur de « l’hygiène raciale » en Allemagne, le Dr. Alfred Ploetz, participa a un concours d’essais parrainé par l’industriel Alfred Krupp. Il attribuerait un prix au meilleur essai sur le sujet : Que pouvons-nous apprendre des principes du darwinisme dans leurs applications au développement politique intérieur et aux lois de l’Etat ? Wilhem Schallmeyer, qui gagna le premier prix, interpréta la culture, la société, la moralité, même « bonne » ou « mauvaise », en termes de lutte pour la survie. Il voulait que toutes les lois soient mises en conformité avec ces concepts pour empêcher les races blanches de dégénérer au niveau des aborigènes d’Australie. Une telle dégénérescence serait inévitable si la société se prêtait aux exigences des physiquement ou mentalement faibles. Son collègue, le Dr Alexander Ploetz, approuva la totalité de l’essai et soutint la supériorité de la race caucasienne de laquelle, bien sûr, il excluait les juifs. Il suggéra par exemple qu’en temps de guerre seules les personnes racialement inférieures soient envoyées sur le front pour épargner le « meilleur » segment de la population. Comme les soldats du front sont ceux qui sont tués en premier, cela empêcherait la part la plus pure de la race de s’affaiblir inutilement. Il suggéra aussi qu’un panel de médecins soit présent à la naissance de chaque enfant afin de juger si celui-ci est suffisamment fort et digne de vivre, sinon, de le tuer.
En 1901, Galton donna une conférence à la Société royale d’anthropologie anglaise et souligna les diverses possibilités d’amélioration de la procréation humaine dans les conditions sociales, légales et morales alors actuelles. Par la suite, en 1904, la première chaire eugénique fut créée à l’University College de Londres, et elle donna lieu à la création du Laboratoire Galton d’eugénique nationale en 1907. Peu après, des groupes eugénistes surgirent partout dans le monde.
En 1908 la Société d’éducation à l’eugénique (renommée Société eugénique dans les années 1920) fut fondée en Angleterre et, en 1910, le Bureau d’enregistrement eugénique fut fondé aux Etats-Unis.
Le Dr. Ploetz, qui soutenait Schallmayer dans son essai, découvrit en 1905 le «Gesellschaft fuer Rassenhygiene», Société pour l’hygiène raciale, qui fut plus tard changé en « Société pour l’hygiène raciale (Eugénique)». Ce changement de nom survint après que Galton eut annoncé que l’eugénisme et l’hygiène raciale étaient en fait des termes synonymes. Un cofondateur de cette société était le psychiatre et hygiéniste racial, le Professeur Dr. Ernst Ruedin, qui devint mondialement célèbre par la suite. Comme l’hygiénisme racial était très relié à l’anthropologie politique - une pseudo-science développée par Gobineau - l’eugénisme fut utilisé comme base « scientifique » sur laquelle les idées politiques et racistes, spécialement celles des nazis, purent fleurir.
Stérilisation et euthanasie
L’eugénique a été formulée et diffusée par Galton en 1883. Au cours des années qui suivirent, elle fut popularisée et très vite, après le début du siècle, des organisations eugéniques se développèrent partout dans le monde. Elles trouvèrent un soutien croissant particulièrement en Amérique et en Allemagne. Plus elles grandissaient, plus leur sphère d’influence politique s’élargissait. Cela eut une influence sur la législation, qui s’orienta vers les principes eugéniques. Bien que variées dans leurs formes et leurs pratiques, elles avaient toutes le même objectif en tête : les déficients mentaux et les malades mentaux. Il en résulta des lois rendant obligatoire pour les personnes à l’esprit déficient, les criminels, les alcooliques et les handicapés d’être stérilisés ou castrés. Le Dr. Alexis Carrel, gagnant d’un Prix Nobel franco-américain, qui avait fait partie de l’équipe de l’Institut Rockefeller à ses débuts, publia un livre L’Homme, cet inconnu en 1935. En moins de trois ans il fut publié dans neuf autres langues. Il considérait l’eugénisme comme un moyen de résoudre toutes les maladies de la société :
« Demeure le problème non résolu du nombre immense d’anormaux et de criminels. Il sont un énorme fardeau qui pèse sur la part de la population qui n’est pas dégénérée. Des sommes gigantesques sont maintenant nécessaires pour entretenir les prisons et les asiles psychiatriques et pour protéger le public des gangsters et des fous. Pourquoi devrait-on protéger ces existences inutiles et dangereuses ?... On devrait se débarrasser de ceux qui ont tué, volé, armés d’un pistolet automatique, enlevé des enfants, dépouillé les pauvres de leurs économies, trompé le public sur des sujets importants, en les mettant humainement et économiquement au rebut dans de petites institutions d’euthanasie approvisionnées avec les gaz nécessaires. Un traitement similaire pourrait avantageusement être appliqué aux aliénés coupables d’actes criminels. Les systèmes philosophiques et les préjugés sentimentaux doivent s’incliner devant une telle nécessité. Le développement de la personnalité humaine est le but ultime de la civilisation. »
Pendant que s’exprimaient ces recommandations qui menèrent aux lois sur la stérilisation dans de nombreux États aux États Unis et dans quelques pays européens, déjà en 1922, quelques disciples de Ploetz plaidaient pour « l’élimination des vies sans valeur ». Karl Binding, un juriste, et Alfred Hoch, un psychiatre, avancèrent la proposition d’éliminer sans souffrances les physiquement et mentalement déficients parce qu’ils étaient un fardeau pour eux-mêmes et pour la société et que les coûts de garde de ces personnes inutiles étaient excessifs pour l’Etat. Ces propositions furent formellement présentées à un congrès de psychiatrie à Dresde en 1922 et au Reichstag ou elles furent rejetées. Mais cela devint un sujet qui est resté dans le domaine public jusqu’à aujourd’hui.
1933 (nomination de Hitler comme Chancelier de l'Allemagne)
Le magasine Allemand Eugénique et hygiène raciale accueillit l’accession d’Hitler au pouvoir comme un gain majeur pour la cause puisqu’il était tellement en accord avec cette doctrine. En juin de cette année, à un rassemblement scientifique discutant des problèmes de l’eugénisme, Wilhem Frick (ministre de l’Intérieur) fit état de « l’énorme » nombre de déficients mentaux et d’enfants mal formés nés de parents Allemands. Selon lui, certaines autorités considéraient un cinquième de la population Allemande comme biologiquement douteuse. Ceux là devaient être empêchés de se reproduire car leur progéniture devenait désormais indésirable.
Le 14 juillet 1933, quatre mois seulement après les élections de mars qui amenèrent les Nazis au pouvoir, une loi fut votée pour « la stérilisation obligatoire pour raisons d’eugénisme ». Elle devait être connue sous le nom de « Loi sur la prévention des maladies héréditaires pour la postérité » ou plus simplement, la loi sur la stérilisation. L’architecte en chef en était le professeur Ernst Ruedin, professeur de psychiatrie à l’Université de Munich, directeur de l’Institut Kaiser-Wilhelm de généalogie et de démographie et de l’Institut de recherche psychiatrique. Ruedin avait aussi fait partie de la délégation allemande au premier Congrès mondial d’hygiène mentale à Washington en 1930 et avait à cette occasion pressé le Congrès d’intégrer l’hygiène mentale et l’eugénisme.
Un système légal complet fut mis en œuvre pour se conformer à l’application de la loi : des cours de justice pour la prévention des maladies héréditaires furent instituées. Au même moment le peuple allemand était systématiquement soumis à la propagande pour le développement de ce que l’on pourrait décrire comme la « conscience raciale et eugénique ». Les huit catégories tombant sous la stérilisation obligatoire incluaient la schizophrénie, la démence maniaco-dépressive, l’épilepsie héréditaire, les maladies de Huntington, la cécité héréditaire, la surdité, et les personnes souffrant d’alcoolisme sévère. Cela changea plus tard pour inclure «les offenseurs chroniques de la morale publique» ce qui, suivant la terminologie de l’idéologie nazie, signifiait aussi « la pollution raciale ».
Avec ces mesures, la route était ouverte pour les infâmes « lois de Nuremberg ». Celles-ci fournirent le cadre légal pour l’action contre la population juive. Hermann Goering proclama ces lois pendant les célébrations du Jour du Parti de Nuremberg, le 15 septembre 1935. Il va sans dire que la responsabilité d’Ernst Ruedin, du Mouvement allemand pour l’hygiène raciale et l’eugénisme, n’était pas pour rien dans la promulgation de « la loi pour la protection du sang allemand et de l’honneur allemand ». Le but de l’hygiène raciale était de créer une race « aryenne » imaginaire. En accord avec tout ceci, les éléments «non aryens» devaient être extirpés. En dehors d’avoir une mauvaise combinaison de chromosomes, il semble aussi y avoir eu un aspect non aryen dans le fait d’être d’une opinion différente. En conséquence, toutes les minorités tombèrent dans cette catégorie. Le meurtre des minorités commença avec les plus petits groupes et s’étendit à partir de là. Pour cette raison, les minorités plus importantes ne crurent pas que leur tour viendrait un jour. Si les nazis avaient commencé dans l’autre sens, chacun aurait su que cela concernait toutes les minorités et ils auraient pu s’unirent contre cette procédure tant que les nazis n’étaient pas encore fermement installés. Ces minorités étaient les aliénés, les criminels récidivistes, les tsiganes, les francs-maçons, les témoins de Jéhova, les juifs et les chrétiens.
Opération T4 - la "Mort miséricordieuse"
Loin de vouloir établir un décompte exhaustif de la machine de mort des nazis, cet essai tente d’esquisser le portrait des débuts et des origines de l’holocauste en théorie et en pratique : ce n’est pas quelque chose qui est « seulement » arrivé. Et en rendant compte des débuts, nous pouvons montrer les liens avec le présent quand nous examinons la motivation derrière certaines pratiques de la technologie génétique, les recherches sur l’embryon, etc. Partout où intervient un système de sélection, nous nous autorisons à « jouer à Dieu ». Le raisonnement du 19e siècle qui mena aux pratiques des nazis est toujours répandu, encore que déguisé sous une couverture « d’humanité ». Mais là où le débat est conduit seulement sur des bases économiques et financières (prisons très coûteuses, etc.) les digues commencent à craquer - avec l’inévitable flot de sang qui s’ensuit.
Ce que l’histoire de cette forme de sociologie et de psychiatrie orientées vers une tentative « d’améliorer » la race humaine démontre est une incapacité d’oser poser la question : en quoi consiste la vie humaine ?
La machine de mort qui fut employée sur le peuple juif fut « expérimentée » d’abord sur les handicapés mentaux, les minorités les plus faibles et les moins méfiants. Le programme portait le nom : "Mort miséricordieuse", pour en dissimuler la cruauté. Nous avons lu les raisons données par les "experts", certains peuvent même être d’accord avec elles - le débat sur l’euthanasie n’est pas encore terminé. Le débat sur qui doit-on « croire », Darwin ou quelque autre autorité, n’est pas clos non plus. Quel est notre degré de liberté si nous refusons à d’autres le droit de vivre ? Le projet de "Mort miséricordieuse" ou T4 trouva assez de soutien « populaire » pour encourager les nazis à étendre leur machine de guerre. Le nombre total des victimes des programmes d’euthanasie est difficile à déterminer. Mais comme il y avait 300 000 à 320 000 malades mentaux en 1939 rien qu’en Allemagne et seulement 40 000 en 1946, il semble raisonnable de considérer l’estimation de 275 000 morts mentionnée dans les procès de Nuremberg comme exacte.
© Christoph Jensen
Source : http://atos.ouvaton.org
Traduction bénévole d’Alain Bernard et Sylvette Escazaux.
Christoph Jensen est membre du groupe Gn3 en Afrique du Sud. Pour lui écrire : christoph@camphill.org.za
L'Euthanasie psychiatrique sous le IIIe Reich : la question de l'eugénisme
par Benoit Massin
Docteur en histoire des sciences, spécialiste de l’histoire des sciences biomédicales, professeur à l’Institut éthique et soins hospitaliers/AP-HP
Extraits
"L'État national-socialiste est édifié sur la biologie"
Prof. Pohlisch (psychiatre-généticien), 1938.
"Aucun enfant nouveau-né ne devrait être reconnu humain
avant d'avoir passé un certain nombre de tests
portant sur sa dotation génétique […].
S'il ne réussit pas ces tests, il perd son droit à la vie"
F. Crick, généticien, Prix Nobel de médecine 1962.
Aucun psychiatre n'a jamais été obligé de participer directement aux différentes actions d'euthanasie (les quatres actions principales furent: l'euthanasie des enfants, T4, "euthanasie sauvage" et "l'Action Brandt"). Il ne s'agissait pas d'un "ordre" (Befehl) mais d'une "autorisation" (Ermächtigung) avec dotation de "pleins pouvoirs" (Vollmacht) (Mitscherlich & Mielke 1978: 13; Klee 1983: 306; Aly et al.1985: 19; Reform und Gewissen 1985: 24; Proctor 1988: 193).
L'euthanasie de plus de plus de 150 000 patients allemands (nous ne parlons pas ici de l'assassinats des malades mentaux en Pologne et en URSS accomplis par les Einsatzgruppen* [cf. Ebbinghaus & Preissler in Aussonderung und Tod 1985; Jaroszewski in Rapoport & Thom [[éd.]] 1989] mais seulement de l'euthanasie réalisée par des médecins, dans les frontières du "Reich allemand". L'opération T4, qui s'arrêta en août 1941, fit 70 200 victimes, l'euthanasie des enfants, environ 6 000. L'euthanasie sauvage et l'Action Brandt, du fait de leur aspect décentralisé et camouflé, sont plus difficiles à évaluer. Cependant, fin 1941, le nombre de lits "libérés atteignait 93 500, soit plus d'un patient psychiarique sur trois [Klee 1983: 340-41]. Dans des régions comme Berlin et la province de Brandenburg, le nombre de patients encore vivants en 1945 représentait 16% du niveau de 1938 [2 579 contre 15 733], soit une mortalité de 84% [Huhn in Aly [[éd.]] 1989: 196]. En Saxe, on passe de 9 647 patients en janvier 1940, à 3 262 en janvier 1945 [66%]. Si l'on appliquait de tels quotients à l'ensemble de l'Allemagne [283 000 lits psychiatriques], on atteindrait entre 187 000 et 235 000 morts. Même en tenant compte des disparités régionales, de la réinsertion d'un certain nombre de malades grâce aux nouvelles approches thérapeutiques [électrochocs, etc.] et des patients renvoyés dans leur familles pour les protéger de l'euthanasie, le chiffre de 150 000 représente donc un minimum) put se dérouler sans difficuté sur le plan médical grâce à la collaboration, à l'adhésion ou à la tolérance de l'immense majorité des psychiatres - "tout à fait favorables aux mesures plannifiées" - sans laquelle elle n'aurait pas été possible. Nombreux furent les scientifiques à se ruer sur les "matériaux humains" fournis par l'euthanasie. (Presque toutes les facultés de médecine et plusieurs instituts de recherche en neurologie et en psychiatrie, y compris les deux instituts les plus prestigieux - l'Institut Kaiser-Wilhelm de Recherche sur le Cerveau [Berlin] et l'Institut Allemand de Recherche Psychiatrique [Munich] - profitèrent de l'euthanasie pour se procurer des "matériaux" humains [des cerveaux] et pratiquer des expériences humaines [cf. Reform und Gewissen 1985]).
Par contre, les cas de résistance ouverte de la part des psychiatres au nom de la psychiatrie (et non des religieux) se comptent sur les doigts d'une main. Cette "médecine sans humanité" ne fut donc pas le fait de quelques SS sadiques, médecins marginaux et "pseudo-scientifiques" illuminés, mais compromet l'ensemble de la profession psychiatrique, "des psychiatres tout à fait normaux, habituels et représentatifs de leur science" (Siemen 1982: 8. L'expression "médecine sans humanité" est la traduction du titre du premier livre allemand sur les crimes médicaux sous le nazisme, cf. Mitscherlich & Mielke 1978 [1re version: 1948]).
Des 360 000 stérilisations de malades "héréditaires" – qui, dans 96% des cas, concernaient des patients psychiatriques - à "l'euthanasie sauvage" des psychotiques jugés "incurables" et handicapés mentaux, laissée à la libre initiative des psychiatres dotés des pleins pouvoirs, en passant par la castration des homosexuels, la déportation des "asociaux", l'extermination des criminels et des Tziganes, les psychiatres furent massivement impliqués et jouèrent un rôle considérable dans la "biocratie" du IIIe Reich. (L'expression "biocratie" vient de Lifton 1986: 17. Sur la législation eugéniste [stérilisation, mariage, avortement] et son application sous le nazisme, cf. Bock 1986 et Weingart-Kroll-Bayertz 1988; la légitimation scientifique de la loi, dont 6 maladies recensées sur 8 relevaient du secteur psychiatrique, fut principalement apportée par le Prof. Rüdin et ses collaborateurs de l'Institut Allemand de Recherche Psychiatrique [actuel Max-Planck Institut für Psychiatrie]; la totalité ou presque des professeurs de psychiatrie siégeaient dans les "Tribunaux de santé héréditaire" décidant des stérilisations; l'un des principaux artisans de la loi sur le mariage fut le Prof. de psychiatrie Weygandt; la direction scientifique du "traitement" des homosexuels fut confiée à un psychiatre, le Dr. Rodenberg [ex-expert T4] [cf. Aussonderung und Tod 1987: 21 & Grau 1993]; les "asociaux" et criminels doivent leur destin à la symbiose entre les services de police et les psychiatres généticiens spécialisés en "biologie criminelle" [cf. Feinderklärung 1988 & Ayass 1995]; le responsable scientifique de l'extermination des Tziganes fut le pédo-psychiatre-généticien Dr. Dr. habil. méd. R. Ritter [cf. Hohmann 1991]).
Comme le montrent de nombreuses études régionales, ce qui nous semble les "cas extrêmes" de la "médecine nazie" s'intègrent sans heurt dans la "normalité psychiatrique", le "quotidien médical banal" (Alltägliche Medizin).
L'ampleur du phénomène - qui touche chaque hôpital psychiatrique, chaque université, chaque institut de recherche - permet de souligner, avec Benno Müller-Hill, qu'un tel degré de collusion ne pouvait pas être "uniquement le fruit de l'égarement de quelques individus, mais qu'il avait pour origine des défaillances de la psychiatrie […] elle-même" (Müller-Hill 1989: 112). La dictature politique seule, pas plus que la psychopathologie de tel ou tel, ne suffisent à expliquer tout ce qu'ont fait les psychiatres. Comme le fait remarquer B. Laufs, "le fondement potentiel du crime s'inscrivait dans la structure de la science, la participation directe au crime dans la décision des individus" (B. Laufs, in Hohendorf & Magull-Seltenreich [éd.] 1990: 248). Il est donc nécessaire de faire un retour en arrière sur l'histoire de la psychiatrie, de mettre en évidence les logiques qui, dans la structure de la "science psychiatrique normale", au sens kuhnien du terme, préparèrent le massacre médicalisé. La première question qui se pose alors, porte sur le rôle de l'eugénisme.
La question du rôle de l'eugénisme apparaît d'autant plus nécessaire à clarifier qu'il y a souvent, dans le contexte des débats actuels, amalgame polémique ou raccourci un peu trop rapide entre "eugénisme" et "euthanasie" - sans parler d'une confusion fréquente entre les deux termes. À cela s'ajoute un débat fort discret, entre historiens allemands, sur l'importance des liens entre ces deux pratiques. (En particulier entre Weingart-Kroll-Bayertz 1988 d'une part et Schmuhl 1987 d'autre part. Dans Weingart et al, les auteurs ont tendance à détacher la problématique de l'euthanasie de celle de l'hygiène raciale, d'où un traitement assez rapide. Les trois auteurs considèrent en effet que "l'euthanasie n'avait guère de fonction dans les conceptions de l'hygiène raciale et la participation de ses principaux représentants est restée tout au plus individuelle" [Weingart-Kroll-Bayertz 1988: 135]. Au contraire pour Schmuhl, la matrice idéologique de l'euthanasie découlait du paradigme eugéniste, ce qui explique que plus de la moitié de son ouvrage soit consacrée à l'euthanasie [Schmuhl 1987: 356]).
Cette méprise courante rend nécessaire de définir l'eugénisme (Eugenik) ou "hygiène raciale" (Rassenhygiene). Ploetz, le fondateur de l'hygiène raciale en Allemagne, la définit comme "la tentative de maintenir l'espèce en bonne santé et de perfectionner ses dispositions héréditaires" (A. Ploetz, Die Tüchtigkeit unserer Rasse und der Schutz der Schwachen, Berlin, 1895: 13). Concrètement, ne pouvant alors agir directement sur les variations du matériel génétique, comme le regrettait Ploetz en 1895 (A. Ploetz 1895: 224-230) (et comme on s'y prépare avec les thérapies géniques), il ne restait à l'eugénisme néo-darwinien que la possibilité d'agir sur l'autre variable de l'évolution: la sélection. L'eugénisme cherche donc à contrôler la reproduction afin de sélectionner les variations génétiques qui lui semblent favorables et éliminer avant même la fécondation (par interdiction de mariage ou stérilisation), ou après la fécondation (par avortement, voire infanticide), celles qui lui semblent défavorables. D'où ses autres synomymes allemands: Fortpflanzungshygiene (hygiène de la reproduction), Erbgesundheitslehre (étude de la santé héréditaire) et Erbpflege (entretien de l'hérédité).
Outre sa dimension idéologique militante et celle de thérapeutique collective appliquée, les plus visibles, l'eugénisme a besoin, pour s'instituer comme technique de gestion biologique de la société, de développer un corpus de savoir ad hoc et initie dès le départ (avec son fondateur Galton qui lance simultanément la biométrie) un programme de recherche scientifique. Peu à peu, les eugénistes ou "médecins de l'hérédité" (Erbärzte) provenant d'horizons divers se constituent, sur le plan académique, en une discipline autonome, consacrée à "l'étude de l'hérédité humaine" (menschliche Erblehre), dont la psychiatrie génétique (Erbpsychiatrie) forme une branche. Du point de vue de la recherche, les eugénistes universitaires des années 1930 sont l'équivalent (et les précurseurs) des généticiens humains actuels. (D'ailleurs, les premières chaires de Humangenetik après 1945 en RFA furent confiées à d'ex-professeurs d'eugénisme, comme Lenz [Göttingen] et Verschuer [Münster], ou à leurs élèves, tels H. Schade [Düsseldorf], H. Grebe [Marburg], G. Koch [Erlangen], etc. Par exemple, l'ex-professeur de biologie raciale W. Lehmann, de la Reichsuniversität de Strasbourg, dirigea de 1948 à 1975 l'Institut de Génétique Humaine de l'Université de Kiel. Cf. Kühl 1995: 213-14).
Professionnellement, les eugénistes allemands se recrutent donc essentiellement chez les médecins. Trois disciplines médicales se révèlent particulièrement actives dans le mouvement eugéniste: les hygiénistes, les anthopologues-anatomistes et les psychiatres.
Comparativement, la défense de l'euthanasie en Allemagne, avant 1933, mobilise, sur le plan professionnel, surtout des juristes et des psychiatres. Les acteurs médicaux de l'euthanasie des années 1939-1945 sont essentiellement des psychiatres, des pédiatres et de très jeunes médecins "idéalistes" et sans spécialité. Professionnellement, le champ d'intersection entre eugénisme et euthanasie concerne donc en premier lieu la psychiatrie.
* La conversion de la psychiatrie allemande à l'eugénisme
* Une autre problématique: l'euthanasie
* Les eugénistes contre l'euthanasie des "inférieurs"
* Eugénisme et euthanasie des nouveaux-nés infirmes
* Euthanasie et eugénisme: les liens personnels.
* Les liens conceptuels entre l'eugénisme et l'euthanasie
* Matérialisme cérébral et deshumanisation
Au-delà de ces prémisses conceptuelles, le passage de la psychiatrie allemande à l'euthanasie fut déterminé par un triple contexte allemand des années 1939-1945: contexte politique, contexte budgétaire et contexte de guerre.
* Les psychiatres et biologistes au pouvoir
Le passage à l'acte des psychiatres allemands résulte ainsi de la conjonction d'une psychiatrie ultra-biologisante et deshumanisée par l'eugénisme, au service, non de l'individu, mais de la maximisation de l'efficacité nationale, d'une part, et du triple contexte de l'Allemagne nazie en guerre, d'autre part. Sans le nazisme, l'Allemagne se serait limitée à une législation eugéniste, réclamée par le corps médical et analogue à celle des États-Unis ou des pays scandinaves. Inversement, sans cette dimension bio-médicale, le nazisme ne se serait pas autant démarqué d'un fascisme à l'italienne (comparativement très bénin), du génocide archaïque à la turque contre les Arméniens, ou du goulag à la soviétique. Nazisme et médecine eugéniste se sont mutuellement, modernisés, épaulés et radicalisés, dans un commun souci d'efficacité. Certes, sans ces technocrates médicaux, il y aurait eu les Einsatzgruppen, les fusillades de Juifs en masse et les camps de concentration (camps de concentration [KZ], au nombre de 15 en 1942, où l'on mourrait d'épuisement par le travail, la malnutrition et les maladies qui en résultaient, comme dans les camps soviétiques des années 1918-1960 et les Laogai dans la Chine de Mao, par opposition aux camps d'extermination [Vernichtungslager] nazis [6 camps, à partir de décembre 1941] où les déportés pouvaient être immédiatement exterminés. Sur l'histoire des camps de concentration, cf. A. J. Kaminski, Konzentrationslager, 1896 bis Heute, Munich, Piper, 1990. Introduits par les colonisateurs espagnols contre la révolte de Cuba en 1896, puis les Britaniques contre les Boers en Afrique du Sud en 1900, établis pour la première fois sur le sol européen par Trotzky en 1918, sous le nom même de "camp de concentration" [konzentrazionnyje lagerja], ils servaient en URSS à interner aussi bien les femmes et les enfants des officiers tsaristes que les menchéviks, opposants politiques et "adversaires de classe". À la veille de la 2e Guerre mondiale, les goulags soviétiques renfermaient entre 5 et 8 millions de détenus avec une mortalité de 10% par an).
Mais sans l'euthanasie psychiatrique, il n'y aurait peut-être pas eu les chambres à gaz. Ce fut la contribution de la psychiatrie allemande et des techniciens de l'euthanasie de mettre en place les premières chambres à gaz et d'introduire les premières "sélections médicales" dans les camps de concentration.
(Les premières chambres à gaz, au monoxyde de
carbone, furent mises en place pour l'euthanasie des malades mentaux
lors de l'opération T4. Après "l'arrêt" d'août 1941, elles furent
utilisées ainsi que leur personnel médical, pour l'Opération "14f13"
destinée à "nettoyer" les camps de concentration des improductifs. Ce
sont les psychiatres et médecins experts de T4, comme Heyde, Nitsche,
etc., qui firent les premières "sélections" dans les camps. Les trois
premiers camps d'extermination des Juifs [Belzec, Sobibor et
Treblinka], furent mis en place grâce au know-how technique
acquis pendant l'euthanasie. Les directeurs des trois premiers camps
d'extermination venaient d'ailleurs tous les trois de l'Opération T4.
Cf. Klee, Von der 'T4' zur Judenvernichtung, in Aly 1989: 147-52; Schmuhl 1987: ['Euthanasie' und 'Endlösung'] 240-60; U. D. Adam, "Les chambres à gaz", L'Allemagne nazie et le génocide juif, Colloque de l'EHESS, Paris, 1985: 236-61).
* "Les Einsatzgruppen (unités mobiles d'extermination) étaient des escadrons de SS et de la police allemande qui suivaient l'avancée de l'armée allemande. Sous le commandement d'officiers de la Police de sécurité (Sipo) et du Service de sécurité (SD), ils reçurent pour mission, entre autres, d'exterminer ceux qui étaient perçus comme des ennemis politiques ou raciaux trouvés derrière les lignes de front en Union Soviétique occupée. Parmi leurs victimes, il y eut des Juifs (hommes, femmes et enfants), des Tsiganes, et des fonctionnaires de l'Etat soviétique et du Parti communiste. Les Einsatzgruppen assassinèrent également des milliers de patients dans des établissements psychiatriques." (Source : Encyclopédie multimédia de la Shoah).
Article publié dans L'Information psychiatrique, revue mensuelle des psychiatres des hôpitaux, vol. 72-718, n° 8, octobre 1996, pp.811-822. (numéro spécial: "Le sort des malades mentaux pendant la Guerre 1939-1945").
© Benoït Massin, L'Information psychiatrique.
Texte intégral : http://infodoc.inserm.fr/ethique
Plus d'information:
Programme T4 (Encyclopédie multimédia de la Shoah > Le racisme > Euthanasie)
De l'eugénisme à la Shoah
Stérilisation des personnes handicapées en France

La stérilisation des personnes handicapées : une maltraitance intentionnelle en établissement
La commission d'enquête a procédé à l'audition de Mme Hélène Strohl, inspectrice générale des affaires sociales, qui, entre octobre 1997 et avril 1998, a participé à une enquête confiée à l'IGAS sur les pratiques de stérilisation des personnes handicapées.
C'est dans un contexte bien particulier que la ministre de l'époque, Mme Martine Aubry, avait demandé à l'IGAS de réaliser une mission d'inspection sur les pratiques passées et actuelles de stérilisation des personnes handicapées mentales. En effet, des révélations avaient été faites sur les pratiques constatées en Suède en la matière et les autorités suédoises avaient été accusées d'avoir procédé à la stérilisation non seulement de personnes handicapées mentales mais également de personnes socialement défavorisées. Un chercheur de l'INSERM avait alors révélé au magazine Charlie Hebdo en août 1997 que la stérilisation de jeunes femmes handicapées mentales légères, voire socialement défavorisées, avait été pratiquée en France.
Il convient de résumer les principales conclusions de l'enquête de l'IGAS sur ce point, telles qu'elles ont été présentées à la commission d'enquête par Mme Hélène Strohl.
La stérilisation des personnes handicapées en France : des faits avérés et probablement sous-évalués
« Nous avons tout d'abord effectué une enquête quantitative à partir des données du programme médicalisé des systèmes d'information (PMSI), c'est-à-dire des données recueillies par les hôpitaux sur les actes pratiqués et les actes s'y rapportant. Nous avons demandé que nous soient communiqués tous les actes de ligature des trompes avec, comme diagnostic associé, le handicap mental ou la grande difficulté sociale. Cette enquête portait bien évidemment sur les éléments déclarés. Nous avons cependant constaté que les handicapées mentales représentaient 2 % des cas de ligature des trompes. Cette enquête a été complétée par une enquête auprès des établissements privés, qui a confirmé ce résultat. Nous avons découvert que l'acte de ligature des trompes était déclaré pour 400 à 500 femmes handicapées par an. Le nombre d'hommes faisant l'objet d'une stérilisation est, en revanche, très faible. En effet, nous avons trouvé une quinzaine de cas seulement.
« Je tiens à souligner que cette enquête se base sur des données déclaratives. Étant entendu que la stérilisation était, à l'époque, interdite en France, nous subodorons que les cas de stérilisation étaient plus élevés, notamment dans les cliniques privées, sous couvert d'appendicectomie. (...)
« La stérilisation est toujours un traumatisme important, même pour les personnes dont la capacité de discernement est considérée comme étant très diminuée. Des épisodes dépressifs très graves à la suite de la stérilisation nous étaient toujours relatés, et ce même lorsque la personne n'avait pas été avertie de ce qu'on lui faisait subir. Il semblerait toutefois que la stérilisation ait été mieux vécue par les personnes lorsqu'un travail important d'accompagnement avait été réalisé par les accompagnants et les psychologues. Ces derniers étaient effectivement parvenus à faire « consentir » la personne, c'est-à-dire à lui faire faire le deuil de la maternité ».
Le rapport précité de l'IGAS a estimé que l'on devrait pouvoir procéder à une stérilisation, avec l'autorisation du juge, dans certains cas limités (risque avéré de grossesse, incapacité parentale flagrante, inapplicabilité de tout moyen de contraception efficace sans mettre en danger la vie de la femme). Soucieux de permettre un accès des personnes handicapées à une sexualité libre et épanouissante, le rapport de l'IGAS privilégie la contraception, estimant que, dans certains cas, celle-ci doit être imposée momentanément, dans un cadre juridique à définir.
L'article L. 2123-2 du code de la santé publique, issu de la loi n° 2001-588 du 4 juillet 2001, interdit la ligature des trompes ou des canaux déférents à visée contraceptive sur les mineurs et sur les majeurs handicapés mentaux placés sous tutelle ou sous curatelle, sauf s'il existe « une contre-indication médicale absolue aux méthodes de contraception ou une impossibilité avérée de les mettre en oeuvre efficacement ». Le texte subordonne l'intervention à une décision du juge des tutelles après avis d'un comité d'experts. Le juge doit avoir entendu la personne concernée. Si elle est apte à exprimer sa volonté, son consentement doit être systématiquement recherché et pris en compte après fourniture d'une « information adaptée à son degré de compréhension ». Il ne peut être passé outre au refus de l'intéressée ou à la révocation de son consentement. Le juge doit aussi entendre les parents ou le représentant légal ainsi que « toute personne dont l'audition lui paraît utile ».
© Sénat
Source : Rapport du Sénat Maltraitance envers les personnes handicapées : briser la loi du silence.
Commission d'enquête sur la maltraitance envers les personnes handicapées accueillies en établissements et services sociaux et médico-sociaux et les moyens de la prévenir.
Publié le 12 juin 2003

