09 septembre 2006
Controverse à propos du DSM
«Aujourd’hui, c’est des classifications qu’il est question. Il se trouve que nous sommes à l’AFP [Association Française de Psychiatrie] bien placés pour parler de ce sujet puisque nous avons dénoncé l’usage abusif qui pouvait être fait du DSM et de la CIM 10 [Classification internationale des maladies] depuis plus de dix ans, organisé réunions et colloques dans ce sens, publié régulièrement et même centré l’essentiel des interventions françaises, lors du Jubilé de l’Association Mondiale de Psychiatrie qui s’est tenu en juin 2000 à Paris, sur ce thème…
Il se trouve qu’en France, contrairement à d’autres pays, nous avons la chance d’avoir un corpus psychopathologique constitué, qui s’est étoffé au cours du temps et est régulièrement remis en cause afin d’en ajuster la pertinence en fonction de l’évolution de la société et des connaissances cliniques. Ceci nous a protégés des séductions des classifications anglo-saxonnes issues de la statistique et qui sont maintenant remises en cause par les Anglo-Saxons eux-mêmes…
Notre pratique reste celle de l’humanisme scientifique médical pour lequel la question du sujet est centrale. Il est vrai que cette attitude n’est pas toujours bien perçue par l’industrie pharmaceutique ni par les pouvoirs publics qui, par intérêt mal compris ou orienté de gestion et de rationalisation des dépenses, sont tentés d’imposer aux psychiatres des classifications qui, bien que faisant consensus international, ne sont pas pour autant des références scientifiques à retenir pour notre pratique.
Encore une fois, ce sont là des dérives que nous avons dénoncées dès leur apparition et, actuellement, seuls les pouvoirs publics, les statisticiens et les unités de recherche, ainsi que l’industrie pharmaceutique cherchent encore à en passer par ces classifications rejetées par tous les praticiens» (C. Vasseur, «Disqualification de la PSYCHIATRIE», Association Française de Psychiatrie Décembre 2002).
Propos tenus en décembre 2002 par le docteur Christian Vasseur, président de l’Association française de psychiatrie (AFP). © Droits réservés.
Source : AAPEL.
17 août 2006
Aimez-vous le DSM ? – Le triomphe de la psychiatrie américaine
par les professeurs Stuart Kirk et Herb Kutchins
Collection Les Empêcheurs de tourner en rond, Institut Synthélabo
Le DSM est l'abréviation anglaise du titre de l'ouvrage The Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), publié par l'APA (American Psychiatric Association).
Pour avoir accès à la liste des troubles mentaux publiés dans le DSM (en anglais) : www.psychnet-uk.com
Pour protéger le consommateur, la mise sur le marché de nouveaux
produits ou de nouveaux médicaments est soumise à la vérification
préalable, par un organisme indépendant, de leur innocuité et de leur
efficacité. Des laboratoires indépendants vérifient la sûreté des
appareils électriques. La résistance au choc des automobiles est
vérifiée. Les dommages imprévus dont seraient victimes les utilisateurs
d’un produit peuvent exposer son fabricant à devoir payer de coûteux
dommages et intérêts. Certaines de ces procédures de vérification sont
si rigoureuses et si longues que celles, par exemple, utilisées par
l’Administration [des comestibles et de médicaments, la FDA américaine]
ont été critiquées dans la mesure où elles retardaient inutilement la
disponibilité de médicaments pour soigner les personnes atteintes du
sida.
Ces mécanismes de vérification ont été mis en place afin de
protéger le public des charlatans, des escrocs et des aigrefins. Mais
il existe peu de protections comparables pour les traitements
psychiatriques. L’incurie en la matière est extraordinairement
difficile à prouver, en dépit de cas récents qui ont sensibilisé les
psychiatres à ces questions […]. Aucune vérification de l’efficacité
des plus de quatre cents techniques de psychothérapie n’a eu lieu avant
leur utilisation sur des patients. De même, l’APA (l’Association
américaine de psychiatrie) peut décréter ‘’trouble mental’’ n’importe
quel comportement sans aucune restriction, si ce ne sont les
éventuelles protestations publiques. La validité et la fiabilité des
étiquettes diagnostiques ne sont que des points de détail tant que la
plupart des psychiatres acceptent de les utiliser et qu’un groupe
concerné ne déclenche de controverse publique à leur sujet. Les
changements permanents apportés au répertoire des catégories
diagnostiques témoignent de cette fluidité : de nombreuses catégories
nouvelles furent ajoutées au DSM-III tandis que certaines catégories du
DSM-II cessaient d’exister ; il en fut de même avec les DSM-III-R – et
le DSM-IV devrait connaître le même sort. Il n’y a pas de limite à des
changements, hormis les négociations au sein de l’APA et le souhait de
la profession d’échapper à la risée du public.
© Stuart Kirk et Herb Kutchins
Voir aussi : http://shopping.lycos.fr
