01 novembre 2006
Malades mentaux: quand la douleur reste en souffrance
Libération
Société
La prise en charge psychiatrique néglige souvent les aspects physiques.
Par Eric Favereau
Quotidien : mercredi 6 décembre 2006
C'est une enquête inédite, la première jamais réalisée en France sur la prise en charge de la douleur chez les malades mentaux (1). Les résultats sont impressionnants, tant ils montrent que ce sujet est encore perçu comme secondaire, voire anecdotique. Près des trois-quarts des psychiatres interrogés estiment ainsi «que la place de la psychiatrie n'est pas satisfaisante dans l'évaluation de la prise en charge des patients douloureux chroniques».
[…] L'enquête a consisté à écrire à tous les chefs de service de psychiatrie, ainsi qu'aux pharmaciens des hôpitaux. «Ce qui m'a surpris, reconnaît le Dr Eric Serra du CHU d'Amiens, responsable de l'enquête, c'est que le manque de prise en charge se retrouve partout. Tant chez les malades mentaux suivis en hôpital général que chez ceux reçus dans les centres spécialisés.» Toujours, la douleur somatique passe au second plan. Il ne s'agit pas là de souffrances psychiques, que l'on pourrait attribuer à la maladie mentale, mais bel et bien de douleurs liées au corps, comme des métastases cancéreuses, des douleurs articulaires, des maux de tête, voire des douleurs dentaires. «On peut s'étonner, remarque Eric Serra, que des professionnels, soucieux normalement de la souffrance psychique du patient, puissent méconnaître les douleurs somatiques.»
[…] Et c'est là que l'on touche à une idée communément répandue, à savoir que les médicaments psychotropes auraient un effet antalgique ; et que donc le patient, au cas où il aurait pu avoir une douleur somatique, serait de toute façon soulagé. En réalité, rien ne le démontre : peu d'antidépresseurs se révèlent avoir une action simultanée contre la douleur, alors que les médicaments antipsychotiques l'ont parfois. […]
En psychiatrie, tout est à bâtir.
(1) Rendue publique demain à l'occasion d'un colloque organisé par l'institut Upsa.
Voir aussi : Les patients hospitalisés en psychiatrie ont-ils un médecin traitant ? par Philippe Montariol et Tim Greacen dans Informations psychiatriques du 10 décembre 2006.
Source : © Eric Favereau, Libération.
17 août 2006
Références diagnostiques du DSM-IV : des critères fourre-tout ?
Les critères du diagnostic du TDAH de l'enfant et de l'adolescent sont truffés de termes pseudo-scientifiques, aux notions floues, aléatoires, subjectives, donnant lieu à toutes les interprétations. Ils sont présentés ici, tels qu’on peut les lire dans la quatrième édition (1994) du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV) de l'Association américaine de psychiatrie :
A. Soit (1) ou (2).
(1). Six (ou plus) des symptômes suivants d'inattention persistent depuis au moins six mois à un niveau inadapté et incompatible avec le niveau de développement :
(a) échoue souvent à porter une étroite attention pour des
détails ou fait des fautes d'inattention pour les devoirs, au travail
ou dans d'autres activités
(b) a souvent du mal à soutenir son attention au travail ou dans les jeux
(c) a souvent l'air de ne pas écouter ce qu'on lui dit
(d)
a souvent du mal à se conformer aux directives venant d'autrui,
n'arrive pas à finir ses devoirs de classe, les corvées ou les tâches à
son travail (non dû à un comportement oppositionnel ou à un manque de
compréhension)
(e) a souvent des difficultés à organiser son travail et ses activités
(f)
souvent évite, n'aime pas ou se retient d'entreprendre des travaux qui
nécessitent un effort mental soutenu (devoirs à la maison)
(g) perd souvent des objets nécessaires à son travail ou à ses activités (par ex. : jouets, crayons, livres, outils)
(h) est facilement distrait par des stimuli externes
(i) est souvent négligent dans ses activités quotidiennes.
(2). Six (ou plus) des symptômes suivants de l'hyperactivité-impulsivité persistent depuis au moins six mois à un niveau inadapté et incompatible avec le niveau de développement :
Hyperactivité
(a) agite souvent ses mains et ses pieds ou se tortille sur sa chaise
(b) a souvent du mal à rester assis quand on le lui demande, que se soit à l'école ou ailleurs
(c)
souvent court çà et là ou saute exagérément dans les situations où cela
n'est pas approprié (chez les adolescents et les adultes, ce signe peut
se limiter à un sentiment subjectif d'agitation)
(d) a souvent du mal à jouer ou à avoir des loisirs en silence
(e) est souvent sur la brèche et agit souvent comme "dirigé par un moteur"
(f) parle souvent trop
Impulsivité
(g) se précipite souvent pour répondre aux questions sans attendre qu'on ait terminé de les poser
(h) a souvent du mal à attendre son tour
(i) interrompt souvent autrui ou impose sa présence (par ex. : fait irruption dans les jeux ou conversations).
La lecture de cette liste suscite de
nombreuses interrogations quant à l’objectivité des critères
d’évaluation. Que veut dire «inadapté» véritablement ? Que signifie «incompatible avec le niveau de développement»? De quel «développement» parle-t-on? Par rapport à quels autres enfants? Que
veut dire «souvent», mot employé dix-huit fois dans cette énumération? Toutes les heures? une fois par semaine? Comment pourra-t-on juger
qu’un enfant de huit ans «échoue à porter une étroite attention pour des
détails»? Bref, quelle mère de famille ne reconnaîtrait pas chacun de
ses enfants dans cette liste?
La standardisation de tels critères
soulève de nombreuses critiques dans le milieu professionnel. Ce qui
fait dire au neuropsychiatre américain Sydney Walker :
«Il
est pratiquement sûr qu’un enfant vu par un médecin imbu d’un savoir en
partie fondé sur les références au DSM se verra recevoir une étiquette
psychiatrique et une ordonnance prescrivant un médicament psychotrope,
même s’il va parfaitement bien.»
