Médicaments psychotropes : consommation et pratiques de prescription en France métropolitaine.
I. Données nationales, 2000
Psychotropic Medications: Prescriptions and Use in Metropolitan France.
I. National Data For 2000

Résumé
Objectif : Evaluer et décrire la population de bénéficiaires du régime général d’assurance maladie ayant été remboursés de médicaments psychotropes en France métropolitaine, en 2000.
Méthode : Etude transversale sur les bases de données de remboursement de l’assurance maladie à partir du codage de la pharmacie. La population étudiée a été constituée par sondage aléatoire à partir du numéro de sécurité sociale des personnes. Les patients sélectionnés ont eu au moins un psychotrope remboursé au cours de l’année 2000. Pour chaque classe thérapeutique, les variables retenues identifiaient le nombre de bénéficiaires d’exonération du ticket modérateur pour affection de longue durée, de couverture maladie universelle, de pension d’invalidité, la nature du suivi médical et le nombre de remboursements au cours de l’année.
Résultats : En 2000, près d’un quart de la population protégée par le régime général stricto sensu (24,5 %) a bénéficié du remboursement d’un médicament psychotrope. Les taux spécifiques variaient avec l’âge et le sexe (33 % des hommes et 55 % des femmes après 70 ans).
Les anxiolytiques étaient les plus utilisés (17,4 %), suivis des antidépresseurs (9,7 %), des hypnotiques (8,8 %), des neuroleptiques (2,7 %), des médicaments utilisés dans la dépendance alcoolique (0,5 %) et du lithium (0,1 %). Le taux annuel de consommateurs de psychotropes, ayant eu au moins quatre remboursements pour une même classe thérapeutique, était de 11,2 % (anxiolytiques 7,0 %, antidépresseurs 4,9 %, hypnotiques 3,7 %).
Conclusion : Malgré l’absence d’information sur le contexte clinique de ces prescriptions, ces données permettent cependant d’identifier un seuil minimum de consommateurs et de proposer des indicateurs de suivi de cette consommation aisément reproductibles.

Rev Med Ass Maladie 2003;34,2:75-84
Mots clés : médicament, psychotrope, anxiolytique, antidépresseur, hypnotique, lithium, neuroleptique, sevrage alcool, pharmaco-épidémiologie, France.

Summary
Aims: To describe and assess the population of beneficiaries affiliated
with the general health fund who received reimbursement for psychotropic medications in metropolitan France in 2000.
Method: We performed a cross-sectional study using the health fund’s reimbursement data based on the pharmacy coding system. Patients were enrolled by random selection of the social security numbers of patients who received at least one reimbursement for a psychotropic medication during the year 2000. In each therapeutic class, we noted: the number of affiliates exempted from co-payments due to a long-term disorder, those covered by universal medical coverage (CMU), patients on medical disability, the type of medical follow-up they received and the total number of reimbursements they had requested during the study period.
Results: During the year 2000, almost one-fourth of the population covered by the general health fund stricto sensu (24.5%) was reimbursed for a psychotropic medication. Specific reimbursement rates varied according to age and sex (33% of all males and 55% of all females older than 70 years). Anxiolytic agents were the most frequently prescribed psychotropic medications (17.4%) followed by antidepressors (9.7%), hypnotics (8.8 %), neuroleptics (2.7%), drugs used to combat alcohol addiction (0.5%) and lastly, lithium (0.1%). 11.2% of all affiliates received at least four reimbursements for the same therapeutic class (anxiolytics: 7.0%, anti-depressors: 4.9%, hypnotics: 3.7%).
Conclusion: Although this study method provides no clinical information on prescriptions, the data we obtained allowed us to identify easily reproducible information on the minimum threshold of patients treated with psychotropic agents and to suggest future follow-up indicators.

Rev Med Ass Maladie 2003;34,2:75-84
Key words: medication, psychotropic drugs, anxiolytic, anti-depressor, hypnotic, lithium, neuroleptic, alcohol weaning, pharmaco-epidemiology, France.


Extraits

Aujourd’hui, la question de la pertinence d’une consommation élevée de psychotropes reste encore posée [1-3]. A défaut de pouvoir y répondre directement, la mise à disposition et le suivi d’indicateurs fiables, évaluant cette consommation, constituent un enjeu primordial. La prescription de médicaments psychotropes a suscité, ces quinze dernières années, de nombreuses études [4-12].
Devant l’importance du problème, les pouvoirs publics ont confié en 1995 au Pr E. Zarifian une mission d’analyse sur la prescription et l’utilisation des psychotropes en France [13]. Toutes ces études objectivent un haut niveau de consommation au sein de la population française, variable selon l’âge et le sexe des personnes.

[…]
Au cours de l’année 2000, nous avons dénombré dans notre échantillon 845 436 personnes ayant eu au moins un remboursement de médicaments psychotropes. Après application du coefficient de redressement (effectif redressé : 976 134 personnes), nous avons calculé pour chaque classe thérapeutique un taux annuel de personnes avec remboursement de médicament (taux calculé sans prise en compte de la durée de consommation) : 24,5 % des personnes du régime général ont obtenu le remboursement d’un médicament psychotrope. Ce taux était de 17,4 % pour les anxiolytiques, 9,7 % pour les antidépresseurs, 8,8 % pour les hypnotiques, 2,7 % pour les neuroleptiques, 0,5 % pour les médicaments utilisés dans la dépendance alcoolique et 0,1 % pour le lithium. Parmi ces consommateurs, 43,3 % ont reçu une prescription de plusieurs classes de psychotropes. Un deuxième taux annuel a été calculé en ne prenant en compte que les personnes ayant eu au moins quatre remboursements dans une même classe thérapeutique. Pour l’ensemble des psychotropes, ce taux était de 11,2 % (anxiolytiques 7,0 %, antidépresseurs 4,9 %, hypnotiques 3,7 %, neuroleptiques 1,4 %, médicaments utilisés dans la dépendance alcoolique 0,2 %, lithium 0,1 %).

Au cours de l’année 2000, la consommation de psychotropes aura concerné près d’un quart de la population (24,5 %), taux supérieur aux valeurs retrouvées dans de nombreuses études [5, 6, 13]. Ces écarts peuvent en partie être expliqués par l’utilisation d’unités de temps différentes. En effet, afin de limiter un possible facteur saisonnier, nous avons étudié la consommation sur une période de 12 mois. Certaines études utilisent des périodes différentes (trois, six mois) ou bien calculent une prévalence instantanée (un jour donné) assortie de critères d’inclusions restrictifs (notion de consommation régulière). Les chiffres obtenus dans notre étude se rapprochent toutefois de ceux obtenus par Legrain et coll. [4] en 1990 : 25 à 30 % des Français avaient alors consommé des hypnotiques ou des tranquillisants au moins une fois dans l’année.
Les anxiolytiques restent toujours la première classe de psychotropes consommés (17,4 %, soit plus d’une personne sur six). Au deuxième rang, les antidépresseurs devancent désormais les hypnotiques.
Cette situation n’est pas étonnante ; en effet, la progression régulière attendue de ce type de médicament a été largement décrite [1, 2, 12, 13]. Cette progression résulte d’une plus grande utilisation des IRS [9, 21, 22]. Dans notre étude, comme dans d’autres [12], 64,6 % des personnes sous antidépresseurs ont bénéficié du remboursement d’au moins un IRS. La meilleure tolérance de ces produits a sans doute induit une banalisation du recours à ce type de traitement mais d’autres hypothèses ont été émises pour expliquer cette évolution : « Il semble depuis quelques années se dessiner en Europe, avec la venue des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, un phénomène analogue à celui que l’on a connu avec les benzodiazépines dans les années 1970. La réputation de bonne tolérance somatique de ces produits n’explique pas tout. Il faudrait, au moins pour certains d’entre eux, poser l’hypothèse que des propriétés pharmacologiques méconnues peuvent également jouer un rôle dans la fidélisation des consommateurs » [13]. Le taux de consommateurs d’antidépresseurs mesuré (9,7 %) est bien supérieur au taux de prévalence de la dépression estimé en France à 4,7 % [23]. Des études ont montré qu’au moins 20 % des sujets sous antidépresseur ne présentaient pas de troubles psychiatriques caractérisés [9,12].

Source : © Médicaments psychotropes : consommation et pratiques de prescription en France métropolitaine. AMELI.