L'utilisation de médicaments en psychiatrie a franchement explosé ces dernières années. Les prescriptions d'antidépresseurs par exemple ont augmenté de 253% les dix dernières années précédents 2003. L'industrie pharmaceutique a joué un rôle majeur dans la création de cette situation. En revenant en arrière à l'aube du développement de la psychopharmacologie moderne, des campagnes industrielles ont aidé à imposer l'utilisation du chlorpromazine (le premier neuroleptique ou antipsychotique) et les antidépresseurs. Plus récemment, des campagnes publicitaires commerciales ont provoqué l'augmentation de prise de psychotropes. Cette activité a permis aux laboratoires pharmaceutiques d'être parmi les industries ayant le plus de succès dans le monde, leurs profits dépassant largement ceux des industries des autres secteurs.

Le marketing de pathologies

Les industries pharmaceutiques font de plus en plus du marketing de pathologies. Longtemps avant qu'un médicament ne soit lancé, des campagnes de sensibilisation sont conduites pour «créer une disatisfaction sur le marché» «établir un besoin» et «créer un désir» selon un article récent du Journal du Commerce et de l'Industrie (marketing pharmaceutique 2002). Des «champions de produits» et des «dirigeants d'opinion» sont recrutés parmi les universitaires pour soutenir la campagne et écrire des articles dans des journaux scientifiques, des groupes de patients sont soutenus ou même créés.

Une campagne américaine de Cohn et Wolfe, une agence de relations publiques, employée par la société SmithKline, fabricant du Paxil (parotoxine ou seroxat en Grande Bretagne) ont payé des psychiatres diplômés et des patients parmi les célébrités et ont saturé les médias de sujets portant sur cette «pathologie». Un groupe de soutien aux patients «coalition sur l'anxiété sociétale» a été mis sur pied, qui opérait des bureaux de Cohn et Wolfe, et qui a disparu à la fin de la campagne. Quelques mois plus tard, SmithKline a lancé une campagne publicitaire pour le Paxil comme traitement de l'anxiété sociale et à la fin de l'année les ventes avaient atteint un tel sommet qu'il était devenu le deuxième antidépresseur le plus vendu aux Etats-Unis (Mother Jones 2002).

Des campagnes similaires financées par les industries pharmaceutiques ont été menée pour des «pathologies» telles le déficit d'attention et l'hyperactivité, l'anxiété généralisée, la crise de panique, le stress post traumatique, l'obsession compulsive, les troubles pré-menstruels, et plus incroyable «la boulimie d'achat».

Les concepts de psychose ont également été étendus en même temps que devenaient populaires les notions «d'intervention précoce» et de traitement préventif. Les fabricants de ces nouveaux médicaments antipsychotiques atypiques, qui ont permis de faire de vastes profits, ont financé des conférences, des suppléments pour journaux, et des tests de traitements préventifs.

Les tests de médicaments en psychiatrie sont particulièrement sujets à manipulation. Plusieurs auteurs ont décrit les nombreuses pratiques méthodologiques qui peuvent provoquer des distorsions dans les résultats, inclus l'utilisation de définitions douteuses des résultats, cacher les effets secondaires indésirables, ne pas publier les résultats défavorables et dissimuler les sponsors. Des publications récentes ont démontré que la non-publication des résultats négatifs avait conduit à sur-estimer l'efficacité des antidépresseurs chez les enfants (Jureidini et al, 2004) et les adultes (Kirsh et al, 2002).

L'impact sur les soins en matière de santé mentale

L'actuelle situation dans laquelle les médicaments dominent tant les soins psychiatriques ne servent pas bien les intérêts des patients. Des médicaments sont fréquemment utilisés alors qu'ils ne se sont pas montrés efficaces.

L'industrie pharmaceutique a aussi minimisé les risques associés aux médicaments psychiatriques. D'éminents psychiatres ont affirmé que les industries pharmaceutiques ont essayé d'empêcher la publication des effets secondaires de l'Halcion et du sulpiride, par exemple.

Joanna Moncrieff, 27 juin 2006

Joanna Moncrieff est maître de conférence au Département des Sciences de Santé Mentale au Collège Universitaire de Londres et consultant honoris causa en psychiatrie, au North East London Mental Health Trust.
Source : ©  www.planetenonviolence.org